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Agressé pendant son enfance: «C’est possible de se libérer» https://roqhas.org/agresse-pendant-son-enfance-cest-possible-de-se-liberer/ Thu, 06 Nov 2025 16:21:53 +0000 https://roqhas.org/?p=7553

Agressé pendant son enfance: «C’est possible de se libérer»

Agressé pendant son enfance: «C’est possible de se libérer»

Par Tania Di Sei | La Voix de l'Est

6 novembre 2025

Jasmin Belhumeur est intervenant psychosocial à la Ressource pour Homme de la Haute-Yamaska. C’était important pour lui de raconter son histoire afin d’inciter d’autres hommes qui ont été vicitimes d’abus à s’ouvrir. (Crédit Photo : Catherine Trudeau/La Voix de l’Est)

Jasmin Belhumeur est aujourd’hui intervenant psychosocial, mais sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Victime de multiples abus et agressions lors de sa jeunesse, il a décidé de raconter son histoire pour sensibiliser les hommes à parler davantage.

«J’ai décidé de raconter mon histoire à visage découvert parce que je ne suis pas seulement ça [victime d’abus], je suis un être humain. Je veux transmettre de l’espoir à quelqu’un, si ça peut lui donner le goût de demander de l’aide, et pas juste pour témoigner, mais aussi pour cogner aux bonnes portes», mentionne l’homme de 50 ans.

C’est lors d’une rencontre avec un patient, il y a environ neuf ans, que M. Belhumeur a vu son passé remonter à la surface.

«Je travaillais dans un centre d’aide et un homme m’a raconté son histoire. À ce moment-là, je faisais ma job d’intervenant, je ne prends pas sur moi ce qu’il me dit… mais je suis parti avec. Je suis arrivé chez moi et j’en ai fait des cauchemars. Tout a déboulé. Je ne m’attendais pas à ça», raconte l’intervenant.

Plus de trois décennies plus tard, les souvenirs de son passé ont ressurgi brutalement, d’un seul coup.

Selon Samuel Dussault, directeur général du Regroupement d’organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS), il n’est pas rare que les hommes prennent plus de temps à parler de ce qu’il leur est arrivé.

«Historiquement, les hommes prennent plus de temps à le faire et les recherches démontrent qu’un homme sur deux n’a jamais parlé de ses abus. Ça démontre aussi qu’ils ne se sentent pas en sécurité et pas en confiance, parce que la violence sexuelle est en général encore taboue.»

Le ROQHAS a vu le jour en 2020 dans la foulée du mouvement #MeToo. «On parlait de violences sexuelles partout et les organismes qui offraient des services aux hommes se sont dit que ce serait intéressant d’avoir un regroupement et d’avoir une voix un peu plus provinciale», indique M. Dussault.

Jasmin Belhumeur souhaite que les hommes parlent davantage lorsqu’ils vivent de l’abus. (Crédit photo: Catherine Trudeau/La Voix de l’Est)

 

Un lourd passé

La triste histoire de M. Belhumeur débute dès son enfance, où il vit des abus, alors que sa mère fait partie d’une secte.

«J’ai neuf mois. Ma mère fréquente une secte et, pour payer sa contribution, elle me vend au gourou. De l’âge de neuf mois à trois ans. Je ne suis pas tellement conscient de ce qu’il se passe, sauf vers l’âge de deux ou trois ans. Elle me racontera plus tard les images que j’avais en tête», explique-t-il.

M. Belhumeur affirme avoir été présenté comme «un élu» à ce moment-là. Après quelques années, sa mère et lui ont été mis de côté par le gourou, les délaissant pour aller s’en prendre à des enfants plus jeunes.

Des années plus tard, alors que M. Belhumeur a 8 ans, il est de nouveau agressé sur la banquette arrière de la voiture des personnes qui le raccompagnaient à la maison.

«On revenait d’un tournoi de tennis à Montréal, c’est le jeune qui m’a agressé et le père nous regardait…»

M. Belhumeur avait entrepris quelques thérapies lors de sa vie, mais sans aller en profondeur avec les événements qu’il avait vécus.

«J’ai toujours parlé que j’ai été abusé, violé. J’en parlais aux travailleurs sociaux. Je me disais que c’était son père qui lui avait montré, que je ne devais pas être le premier. J’essayais de rationaliser et je disais que c’était facile de pardonner. Mais le vrai choc post traumatique est survenu lorsque je suis arrivé chez moi [après l’agression]. Je suis
parti en courant et j’ai avisé mon père. Il m’a enfermé dans ma chambre et il a mis un crochet à la porte.»

M. Belhumeur n’a pas pu en sortir tant qu’il n’avait pas quelque chose «de plus intelligent à dire», selon son père.

À la suite de la réaction de son père, il a dû se faire du mal à lui-même pour le convaincre que son histoire était vraie. Il pensait qu’avec une blessure, son père l’aurait cru… Mais il finira par passer l’été au complet dans sa chambre.

Des décennies plus tard, le récit de son patient fera finalement remonter ces douloureux souvenirs à la surface.

«C’est de l’abus qui ne finissait pas et c’est ça qui a sorti 32 ans plus tard», se désole M. Belhumeur.

Demander de l’aide

Depuis bientôt un an, Jasmin Belhumeur est intervenant à la Ressource pour Hommes de la Haute-Yamaska, à Granby.

Mais quelques années auparavant, c’est son ancien employeur qui l’a rencontré à la suite de son entretien-choc avec un usager de l’organisme.

«Elle m’a demandé si j’avais déjà eu de l’aide des professionnels et je lui ai dit que non. Elle m’a donné le numéro du CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels) et m’a conseillé de consulter. À ce moment-là, je pensais que ce serait un arrêt de trois semaines, mais ce n’est pas ce qui s’est passé», raconte-t-il.

M. Belhumeur en a eu pour six ans à se guérir et maintenant, il souhaite que les hommes qui vivent des agressions sexuelles puissent aussi en parler.

«C’est important pour moi d’en parler, pour montrer que c’est possible de se libérer, d’être écouté, d’être entendu, d’être cru et d’être pris en considération.»

—  Jasmin Belhumeur

La Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska est venu en aide à 425 hommes lors de l’année en 2024-2025.

«Ce sont 2801 rencontres dans l’année. L’année d’avant, on en avait eu 1619, ça n’arrête pas d’augmenter. Il y a une détresse qui n’arrête pas. On est en relation d’aide, mais on reçoit des cas de plus en plus lourds», affirme Stéphane Prévost, directeur général.

Question de sensibiliser la population, le ROQHAS a lancé sa campagne de sensibilisation En parler, ça change quoi? qui se tient jusqu’au 29 novembre. Celle-ci vise à donner une voix aux hommes et encourager la demande d’aide pour ceux qui ont peur de parler.

«Notre organisme rassemble les organismes destinés aux hommes. Il y en a 25 qui sont membres, soit 17 communautaires et 8 CAVAC. C’est une porte d’entrée pour ces hommes-là», précise M. Dussault.

M. Belhumeur assure qu’il n’a aucun regret et qu’aujourd’hui, il se sent beaucoup mieux après s’être ouvert sur les abus ayant marqué son enfance.

«Tout a changé. Ma vie, je ne la vois plus de la même façon. Je la vois avec le regard des événements, le regard de la compréhension. J’ai compris aussi que j’ai été rejeté, abandonné. Mais j’ai aussi appris à m’accueillir et à me choisir en premier», résume M. Belhumeur, qui tenait à lancer un message d’espoir en conclusion.

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Un mois de sensibilisation pour les hommes victimes d’agression sexuelle https://roqhas.org/un-mois-de-sensibilisation-pour-les-hommes-victimes-dagression-sexuelle/ Sun, 19 Oct 2025 17:00:11 +0000 https://roqhas.org/?p=7385

Un mois de sensibilisation pour les hommes victimes d’agression sexuelle

Un mois de sensibilisation pour les hommes victimes d’agression sexuelle

Pierrick Pichette | Radio-Canada Estrie

19 ocotbre 2025

« En parler, ça change quoi? » C’est à cette question que souhaite répondre le Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS) au cours du prochain mois. Une panoplie d’activités de sensibilisation à l’importance pour les hommes de dénoncer seront organisées à travers la province.

Dans la région, l’organisme de Soutien aux hommes agressés sexuellement de l’Estrie (SHASE) participe à cette campagne de sensibilisation. Son directeur, Alexandre Tremblay-Roy, espère que les prochaines semaines poussent de nombreux hommes victimes à s’ouvrir sur ce qu’ils ont vécu.

Ici, en Estrie, la campagne va se décliner dans la continuité de ce qu’on fait déjà. On espère que cette présence-là, provinciale, de notre regroupement va nous permettre d’aller sensibiliser la population estrienne, de voir une augmentation de demandes dans notre organisme pour qu’on puisse offrir de l’aide.

Ça nous donne une belle occasion de communiquer avec la population sur une réalité encore un peu trop méconnue.

Alexandre Tremblay-Roy, directeur du SHASE

Le directeur de l’organisme en convient, les hommes sont très peu représentés parmi les victimes d’agressions sexuelles. On parle principalement de femmes dans ce genre de dossiers. Il croit que les victimes masculines ont un poids énorme sur les épaules lorsque vient le temps de dénoncer.

Ces personnes-là croient qu’elles sont seules et elles ne vont pas oser demander de l’aide. Parce que, quand on est tout seul, quand on pense que c’est juste arrivé à nous, ça donne peut-être moins envie encore d’aller en parler, d’aller en discuter, puis de passer comme l’exception qui confirme la règle.

Alexandre Tremblay-Roy y va donc d’un rappel essentiel à ses yeux : ces hommes victimes d’agressions sexuelles ne sont pas seuls.

Il y en a beaucoup plus qu’on le pense. Les hommes peuvent aller chercher de l’aide.

– Alexandre Tremblay-Roy, directeur du SHASE

C’est ce que vise à démystifier la campagne : ça change quoi, d’aller en parler ? C’est un peu la deuxième étape, de voir que c’est possible d’améliorer les choses, de se sauver de certains éléments aussi.

L’accès à la justice, un problème

Le directeur du SHASE souligne d’ailleurs que l’accès à la justice est trop restreint pour toutes les victimes d’agressions sexuelles, incluant les hommes. Selon lui, ils n’ont pas du tout  le réflexe d’avoir recours aux tribunaux.

Ce n’est pas à moi de juger ce qui va être bon pour une victime, mais c’est certain qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes [qui se rendent devant la justice]. On constate une augmentation, toute petite, mais en moyenne, on reçoit quelque 150 hommes par année dans notre organisme. De ce nombre, six ou sept vont porter plainte et se rendre en justice, estime-t-il.

Selon l’organisme, il arrive qu’un homme victime d’agression ne ressente pas le besoin de dénoncer, ou encore que son agresseur soit décédé, rendant les recours encore moins accessibles. Enfin, le simple fait d’oser briser le silence n’a rien de simple.

Il y a un travail de sensibilité, de sensibilisation à faire, mais on ne dira jamais à une victime comment réagir ou encore ce qui est ou non dans son intérêt à elle. Déjà, qu’une personne vienne chercher de l’aide, [c’est bon].

La campagne En parler, ça change quoi? prend fin le 19 novembre prochain.

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Lancement de la campagne de sensibilisation du ROQHAS 2025​ https://roqhas.org/lancement-de-la-campagne-de-sensibilisation-du-roqhas-2025/ Wed, 08 Oct 2025 05:00:42 +0000 https://roqhas.org/?p=7348

Lancement de la campagne de sensibilisation du ROQHAS 2025

Lancement de la campagne de sensibilisation du ROQHAS 2025

COMMUNIQUÉ
Pour diffusion immédiate

Lancement de la campagne de sensibilisation du Regroupement des organismes québécois pour hommes agressés sexuellement (ROQHAS).

Sherbrooke, 8 octobre 2025 – Le ROQHAS est fier d’annoncer le lancement de sa campagne de sensibilisation provinciale qui se tiendra du 19 octobre au 19 novembre 2025. C’est sous le thème « En parler, ça change quoi? » que seront diffusées les différentes capsules vidéo présentant les témoignages de quatre hommes ayant vécu une ou des agressions sexuelles. L’objectif de cette campagne est de donner une voix à ses hommes, encourager la demande d’aide et présenter le réseau d’organismes spécialisés du ROQHAS. Pour visionner les capsules vidéo, veuillez cliquer sur le lien suivant : https://roqhas.org/enparlercachangequoi/.

Au Québec, c’est entre 10 à 20 % des hommes qui vont vivre une agression sexuelle au cours de leur vie. Les conséquences peuvent se traduire par une vaste gamme d’effets négatifs à long terme sur le fonctionnement psychologique, le plan physique, la vie quotidienne ou encore les habiletés interpersonnelles. Nous savons que les hommes sont moins susceptibles que les femmes de dévoiler au moment de l’abus, et que lorsqu’ils le dévoilent, ils mettent plus de temps à le faire. La honte et les craintes liées aux dévoilements sont encore présentes malgré l’augmentation de la sensibilisation au sujet des violences sexuelles dans les dernières années.

En parler, ça change quoi?

« Ça fait tellement de bien. Ça t’allège. Une fois que ce poids-là est sorti, ça devient une histoire du passé, pas une belle histoire, mais t’as plus la pesanteur qui vient avec. »
– Extrait du témoignage de Richard

Le dévoilement d’une agression sexuelle peut être un long processus. Quand un homme est prêt à en parler, il doit savoir qu’il y a des ressources pour lui. Du soutien existe. Dans ce sens, le ROQHAS présente sa nouvelle carte interactive des organismes et des ressources sur son site web : https://roqhas.org/ressources-et-organismes/.

Les hommes ayant vécu des violences sexuelles méritent d’avoir accès à des services de soutien de qualité partout au Québec. Reconnaître l’ampleur des conséquences chez ces hommes et répondre à leurs besoins, peu importe d’où ils viennent, sont des moyens d’éviter de les revictimiser. Le ROQHAS, ses membres et ses partenaires, travaillent sans relâche pour éliminer la stigmatisation et fournir un soutien essentiel.

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Pour plus d’informations ou demandes d’entrevues : Eve-Marie Roy, Responsable des communications du ROQHAS – [email protected]

 

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Québec abandonne son plan d’action en santé et bien-être des hommes https://roqhas.org/quebec-abandonne-son-plan-daction-en-sante-et-bien-etre-des-hommes/ Thu, 05 Jun 2025 07:00:52 +0000 https://roqhas.org/?p=6986

Québec abandonne son plan d’action en santé et bien-être des hommes

Québec abandonne son plan d’action en santé et bien-être des hommes

Denis Wong | Radio-Canada

6 juin 2025

Santé Québec poursuit ses compressions budgétaires et met fin au Plan d’action ministériel en santé et bien-être des hommes, en vigueur depuis 2017. Cette stratégie du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) soutenait les organismes spécialisés qui s’adressent directement aux hommes de la province, et facilitait leur mobilisation avec les établissements de santé.

Dans une lettre dont Radio-Canada a obtenu copie, Santé Québec annonce à ces organismes que le plan d’action ministériel ne sera pas reconduit pour l’année 2025-2026.

Si cette décision ne met pas en péril leur financement récurrent, elle aura des conséquences directes sur les organismes en santé et bien-être des hommes (SBEH), selon une coalition de regroupements nationaux en la matière. Ce réseau possède une diversité de missions et œuvre sur de multiples fronts : violence conjugale, santé mentale, aide à la paternité, victimisation ou délinquance sexuelle, etc.

La stratégie ministérielle favorisait la coordination entre le réseau de la santé et ces organismes spécialisés qui travaillent en deuxième ligne.

« On se retrouve vraiment dans le flou dans une époque où le réseau de la santé est hyper sollicité. Il y a plein d’enjeux et il y a des transformations structurelles majeures avec l’arrivée de Santé Québec, et notre dossier, il n’existe plus, il n’est plus là. »

Une citation de Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité
Un homme relativement jeune en jeans bleu et t-shirt blanc à manches courtes, assis sur un sofa, le menton appuyé sur une main et l'air pensif.
Les organismes spécialisés en SBEH au Québec œuvrent sur de multiples fronts : violence conjugale, santé mentale, aide à la paternité, victimisation ou délinquance sexuelle, etc.
Photo : Getty Images / Vuk Saric
 

 

Parmi les mesures qui ne seront plus financées par le MSSS, on trouve une somme de 1,2 million de dollars attribuée aux établissements du réseau de la santé, qui assurait le déploiement de plans d’action ciblés selon les régions.

Ce financement permettait aux CISSS et aux CIUSSS de compter sur des répondants régionaux attitrés au dossier de la santé des hommes. Le rôle de ces interlocuteurs consistait notamment à arrimer les actions du réseau avec les intervenants sur le terrain, afin de rediriger les patients vers les ressources appropriées.

Selon nos informations, il reviendra à chaque établissement de santé de piger dans son enveloppe budgétaire existante pour financer ces efforts en SBEH. Toutefois, il n’est pas acquis que les directions régionales fassent ce choix dans un contexte de compressions.

Des conséquences sur la formation et l’expertise scientifique

La formation du personnel du réseau aux enjeux spécifiques touchant les hommes est également compromise. Ce transfert de connaissances permettait aux personnes en première ligne, comme des travailleurs sociaux ou des infirmières, de mieux cerner les besoins d’un homme qui pourrait se présenter en état de détresse.

Portrait d'un homme portant des lunettes.

On perd toutes les activités de diffusion de savoir, les webinaires midi, les études qui se faisaient pour mieux connaître les réalités masculines, la création d’outils, les projets pilotes pour aider les hommes dans les régions, énumère Raymond Villeneuve. Il y avait un paquet d’actions pour s’assurer que les services dans le réseau de la santé soient bien adaptés.

D’autre part, le Pôle d’expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes (PERSBEH) perd aussi son modeste financement de 85 000 $. L’initiative rassemblait les connaissances d’une quarantaine de scientifiques qui s’intéressent aux dynamiques masculines, un domaine où il reste encore beaucoup à approfondir.

C’est un lieu carrefour d’interrogation et de développement qui vise à mieux documenter, à mieux comprendre, à mieux connaître la santé et le bien-être des hommes, explique Jacques Roy, chercheur au PERSBEH et professeur associé à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Cette somme rendait possible le partage de ce savoir aux organismes sur le terrain et le développement d’axes de recherche en fonction de leurs réalités.

Le 85 000 $ pour le ministère, entre nous, c’est une goutte d’eau, indique Jacques Roy. Ça couvre essentiellement les frais d’un coordonnateur scientifique et d’une personne qui est rattachée à la diffusion et aux communications.

Un homme portant un veston et une chemise, devant une bibliothèque remplie de livres.

De vives préoccupations

Dans une lettre de réponse envoyée au MSSS, cette coalition d’organismes à la portée nationale lui fait part de ses vives préoccupations.

Sur le terrain, ces organismes estiment que plusieurs enjeux spécifiques aux hommes sont relégués à l’arrière-plan, tels que le décrochage scolaire, la surreprésentation dans l’itinérance et l’incarcération, ou encore les taux plus élevés de suicide. Selon les signataires, ces réalités et ces défis ne cessent de se complexifier.

La coalition craint notamment un vide de services dans les régions, où les organismes sont souvent les seuls à répondre à des besoins en matière de SBEH.

« Au niveau des problématiques, il y a encore des écarts selon le genre et si on n’en tient pas compte, on rejoint moins les hommes et on favorise moins leur bien-être. C’est important parce que les hommes vivent avec des femmes, avec des enfants, ils vivent dans la société. Quand on a des approches qui visent spécifiquement les hommes, on les rejoint vraiment davantage. »

Une citation de Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité

Signataires de la lettre de réponse envoyée au MSSS

Pôle d’expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes (PERSBEH)

Regroupement des intervenants en matière d’agression sexuelle (RIMAS)

Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS)

Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP)

Réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence – À cœur d’homme

 

Une réflexion sur les prochaines actions

Le ministère de la Santé et des services sociaux et Santé Québec ont décliné nos demandes d’entrevue. Cependant, le MSSS souligne par courriel vouloir maintenir une collaboration constructive avec l’ensemble des acteurs concernés.

Mis en place en 2017 sous un gouvernement libéral, le plan ministériel et ses impacts feront l’objet d’un bilan. Cette analyse servira aux réflexions sur les prochaines actions et moyens pour répondre aux besoins en matière de SBEH, indique le MSSS.

De son côté, Santé Québec précise que certaines mesures seront maintenues dans une optique de transition, peut-on lire dans les informations communiquées aux organismes.

Ainsi, le réseau des Maisons Oxygène, qui offre de l’aide et de l’hébergement aux pères et à leurs enfants en difficulté au Québec, bénéficiera d’une enveloppe additionnelle de 5 millions de dollars. Le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), qui assure le financement récurrent des organismes en SBEH, est également maintenu.

Geneviève Biron assise sur une chaise, parle dans un micro dans un studio de radio.

 

En avril dernier, Santé Québec confirmait faire face à un « manque à gagner » de 1,4 milliard de dollars pour l’exploitation du réseau en 2025-2026, après le dépôt du budget provincial. L’agence a pour mission de redresser la barre en santé publique en réduisant, entre autres choses, ses coûts d’opération.

Selon Raymond Villeneuve, l’abandon de ce plan d’action revêt une symbolique lourde de sens, puisque les hommes sont déjà laissés pour compte dans le champ de l’action sociale.

On dit aux hommes de demander de l’aide, mais la réponse n’est pas là, dit-il. On parle d’une petite somme d’un peu plus de 1 million de dollars [dans ce plan d’action] pour dire que les hommes existent, et qu’il faut tenir compte de leurs besoins. Je pense que le message est vraiment très triste. Nous, ça nous a coupé les jambes.

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Investir dans la santé des hommes, un choix bénéfique pour tous https://roqhas.org/investir-dans-la-sante-des-hommes-un-choix-benefique-pour-tous-2/ Thu, 05 Jun 2025 07:00:23 +0000 https://roqhas.org/?p=6985

Investir dans la santé des hommes, un choix bénéfique pour tous

Investir dans la santé des hommes, un choix bénéfique pour tous

POINT DE VUE

Les hommes vivent des enjeux qui leur sont propres : un taux de décrochage scolaire plus élevé, une plus grande prévalence de dépendances, une surreprésentation dans l’itinérance, l’incarcération, les décès prématurés et le suicide.

Ces faits sont bien connus et, pourtant, ils continuent d’être relégués à l’arrière-plan des politiques publiques. La récente décision du gouvernement de ne pas reconduire le plan d’action ministériel en santé et bien-être des hommes (PAMSBEH) sans explication, en est un triste exemple. Cela crée un vide préoccupant et suscite une vive inquiétude.

La reconnaissance des besoins spécifiques des hommes en matière de santé, de services sociaux, d’éducation et d’accompagnement ne diminue en rien les efforts nécessaires pour les autres groupes.

Au contraire, elle s’inscrit dans une logique de solidarité sociale : aider les hommes, c’est aussi aider et protéger les femmes, les enfants et l’ensemble de la collectivité.
 

Les hommes : un angle mort de l’action sociale

Historiquement, la santé publique s’est concentrée — à juste titre — sur les besoins des femmes et des enfants. Mais aujourd’hui, les données et l’expérience terrain démontrent que les hommes, dès l’enfance, manifestent des vulnérabilités particulières qui, sans soutien adapté, deviennent chroniques avec le temps.

Ainsi, pour bien comprendre les réalités masculines et demeurer à jour sur les meilleures pratiques, il est essentiel de soutenir — et de financer — les initiatives de recherche telles que le Pôle d’expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes (PERSBEH).

De surcroît, les normes de masculinité traditionnelles incitent encore beaucoup d’hommes à taire leur détresse ou à tenter de régler leurs difficultés seuls.

Ils arrivent souvent dans les services d’aide trop tard, alors que leur état s’est détérioré, au détriment de leur bien-être… et des ressources collectives.

 

Pour des actions concrètes et durables

Sur le terrain, des organismes communautaires spécialisés effectuent un travail remarquable pour rejoindre ces hommes, offrir des espaces d’écoute, briser l’isolement, prévenir les crises et soutenir la responsabilisation.

Mais leur financement demeure trop souvent précaire, ce qui rend les services moins accessibles pour une partie importante de la population. À cela s’ajoute le fait que le personnel intervenant ne reçoit pas nécessairement de formation spécifique aux réalités masculines.

Il ne s’agit pas d’opposer les genres, mais de reconnaître que le bien-être collectif passe par l’adaptation des approches aux réalités de chacun. Et il faut dès maintenant cesser d’ignorer les besoins des hommes. 

Nos décideurs ont maintenant le choix : maintenir ce statu quo contre-productif ou faire preuve de courage politique pour agir. Pour le bien des hommes, de leurs proches et de notre tissu social dans son ensemble, il est urgent de leur tendre la main.

 

Signataires:

Pôle d’expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes (PERSBEH)

Regroupement des intervenants en matière d’agression sexuelle (RIMAS)

Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS)

Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP)

Réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence – À coeur d’homme

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«Les hommes ont vraiment plus de difficulté à dévoiler leur agression» https://roqhas.org/les-hommes-ont-vraiment-plus-de-difficulte-a-devoiler-leur-agression/ Mon, 27 Jan 2025 12:15:10 +0000 https://roqhas.org/?p=6772

«Les hommes ont vraiment plus de difficulté à dévoiler leur agression»

«Les hommes ont vraiment plus de difficulté à dévoiler leur agression»

Ça va aller loin avec Geneviève Pettersen | 98.5

27 janvier 2025

C’est un homme sur dix au Canada qui aurait été victime d’une agression sexuelle durant son enfance ou son adolescence, révélait un article de Radio-Canada, lundi. 


Écoutez Samuel Dussault, directeur du Regroupement des organismes québécois pour hommes agressés sexuellement (ROQUAS), aborder le sujet, lundi, au micro de Geneviève Pettersen.

«C’est un chiffre conservateur. On tient à dire que ça peut être un bon 10 à 20 % considérant les nombreux enjeux que les hommes peuvent vivre par rapport au dévoilement. On sait que les hommes ont vraiment plus de difficulté à dévoiler leurs agressions sexuelles. C’est une étude qui rapporte que c’est deux fois plus si on compare aux femmes.»

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Les hommes, victimes oubliées de l’abus sexuel? https://roqhas.org/les-hommes-victimes-oubliees-de-labus-sexuel/ Mon, 27 Jan 2025 06:00:09 +0000 https://roqhas.org/?p=6759

Les hommes, victimes oubliées de l’abus sexuel?

Les hommes, victimes oubliées de l’abus sexuel?

Radio-Canada Texte et photos : Denis Wong Illustration : Louis-Philippe Bouvier

27 janvier 2025

Les choses changent au Québec : plus que jamais, les hommes victimes d’abus sexuels demandent de l’aide auprès d’organismes en intervention et en obtiennent. Cependant, comme les ressources adaptées à la réalité masculine se font rares, il est difficile pour le milieu de répondre adéquatement à cette hausse des demandes provoquée par le mouvement #MoiAussi.

Ce texte est le deuxième d’une série portant sur la réalité des hommes victimes d’abus sexuels au Québec. Vous pouvez lire le premier reportage ici.


 

Depuis 35 ans, le Centre d’intervention en abus sexuels pour la famille (CIASF) s’occupe des enfants victimes d’agression sexuelle et de leurs proches en Outaouais. En 2017, constatant un manque de services pour les hommes dans la région, le centre a ouvert ses portes à ces victimes adultes. Ainsi, il est devenu le seul organisme de la région à offrir des services aux hommes victimes d’abus durant leur enfance.

Cet organisme de Gatineau fait partie de la vague de changement qui s’observe dans l’intervention faite auprès des hommes victimes d’agression sexuelle au Québec. Longtemps négligés, ceux-ci peuvent aujourd’hui compter sur 50 % plus de services comparativement à il y a 10 ans, selon le directeur du Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS), Samuel Dussault.

On commence à couvrir les besoins, estime-t-il, après avoir dressé le portrait des services en la matière au Québec dans un rapport publié par le ROQHAS en 2023.»

Depuis une dizaine d’années, six organismes qui n’accueillaient pas les hommes par le passé ont choisi d’être plus inclusifs et de soutenir ces victimes masculines. Dans plusieurs cas, les programmes qui s’adressent à ces hommes sont encore en construction au Québec.

On est aux balbutiements, confirme Tatou Parisien, psychothérapeute et directrice générale du CIASF, à Gatineau. C’est vrai pour nous, mais c’est vrai pour toute la province. Les organismes, ça ne fait pas 40 ans qu’ils font ça. C’est comme si l’homme était la dernière victime oubliée de l’abus sexuel.

Le ROQHAS regroupe 16 organismes communautaires et 7 centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), ce qui couvre une majorité des régions administratives du Québec. Quatre organismes ne font pas partie de l’association, mais ils s’adressent tout de même aux hommes victimes d’abus sexuels. Ces ressources offrent des services variables, selon la mission qu’elles se sont donnée, et se trouvent en deuxième ou troisième ligne d’intervention.

Samuel Dussault souligne que les organismes qui ont récemment élargi leur mission aux hommes n’ont pas reçu d’enveloppe supplémentaire de Québec. Ils ont continué de fonctionner à même leur financement existant, établi par le gouvernement.

Ces organismes peuvent aussi répondre à des appels de projets pour obtenir du financement ciblé. Toutefois, la compétition est vive et les besoins sont importants dans l’ensemble du réseau. En 2024, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec a octroyé près de 14 millions de dollars à une trentaine d’organismes qui s’adressent à des clientèles variées, dans le cadre d’un plan pour soutenir leur mission en violence conjugale et sexuelle.

Selon le directeur du ROQHAS, plus d’une centaine de propositions en la matière ont été soumises par le milieu d’intervention. Tous ces projets admissibles « auraient nécessité une enveloppe de 104 M$ », peut-on lire dans la réponse du MSSS aux organismes qui ont participé à cet appel de projets.

Cela crée de grands écarts de services pour les hommes selon les régions, se désole Samuel Dussault, puisqu’une poignée d’organismes seulement peuvent financer des initiatives spécifiques aux hommes.

 

Une prise de conscience depuis #MoiAussi

Les organismes québécois constatent que le mouvement #MoiAussi, bien qu’il soit mené par des femmes, a occasionné une prise de conscience importante chez les hommes. Depuis 2017, de plus en plus d’entre eux portent plainte à la police après avoir été la cible d’une infraction sexuelle, que ce soit durant l’enfance ou à l’âge adulte. En parallèle, les dénonciations faites par des victimes féminines sont montées en flèche.

On est à environ 1500 hommes qui dénoncent par année [aux autorités du Québec], précise Samuel Dussault. Le chiffre a vraiment augmenté depuis #MoiAussi. Avant, on était entre 800 et 1000 depuis 10, 20 ans.

Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, ces données concernent les infractions sexuelles dont le bien-fondé a été établi au moyen d’une enquête policière.

 

 

En parallèle, de plus en plus de ces hommes sollicitent de l’aide auprès des organismes qui les soutiennent. Après la vague #MoiAussi, ces organismes ont noté jusqu’à 62 % de demandes de services en plus, indique la psychologue et professeure en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Natacha Godbout. Cette dernière collabore avec plusieurs organismes du Québec dans le cadre de ses recherches consacrées à la réalité de ces victimes masculines.

Aux premières loges de cette tendance, il y a le Centre de ressources et d’intervention pour hommes abusés sexuellement et leur entourage (CRIPHASE). Cet organisme accompagne des hommes depuis 25 ans, ce qui en fait un pionnier dans l’intervention au Québec.

Le centre montréalais est l’un des trois organismes spécialisés dans la province qui s’adressent uniquement aux hommes. Les deux autres sont situés à Trois-Rivières et à Sherbrooke. 

Line Ouellet, responsable clinique du CRIPHASE, mentionne que l’organisme montréalais reçoit plus de 150 demandes d’aide annuellement et que le portrait de cette clientèle est en évolution. 

Ces dernières années, depuis #MoiAussi, on a vu un changement, estime la psychothérapeute. Il y a beaucoup plus de jeunes et de gens de différentes communautés culturelles qui viennent nous consulter. On est très contents.

Cependant, l’équipe multidisciplinaire qui travaille en intervention psychosociale ne suffit pas à la demande dans la grande région montréalaise : le temps d’attente pour obtenir du soutien est de six mois au CRIPHASE. Diminuer ce délai est une priorité de tous les instants pour l’organisme.

Plusieurs de ces victimes ont attendu des décennies avant de dévoiler leur agression et de demander de l’aide. Souvent, ces personnes sont en « situation de crise » au moment de leur appel à un organisme, selon Tatou Parisien, du CIASF. Le déclencheur peut provenir de la sphère familiale ou professionnelle, mais il est souvent lié à la vie intime et sexuelle.

« On fait un effort colossal pour essayer de répondre dans le fameux 24 à 48 heures. C’est bien documenté dans la littérature [scientifique] que si tu les mets sur la liste d’attente pendant trois mois, bien, ils ne viendront pas. Ils ne se rendront pas jusqu’à la fin de cette démarche. »

— Une citation de   Tatou Parisien, psychothérapeute et directrice générale du CIASF
 

Un an et demi pour engager une psychothérapeute

Au Milieu d’intervention et de thérapie en agression sexuelle (MITAS), à Joliette, une psychothérapeute entrera en fonction en ce début d’année 2025, à raison d’une journée par semaine. Le poste était vacant depuis le printemps 2023, et même s’il recevait des appels chaque semaine, l’organisme de Lanaudière avait dû cesser son soutien individuel à des hommes abusés durant l’enfance. 

En plus de la pénurie de professionnels que vit la province, il est difficile de rivaliser avec l’attrait des conditions de travail au privé, reconnaît le directeur général du MITAS, Mathieu Leroux.

«Ce n’est pas parce qu’on n’a pas essayé [de pourvoir le poste], dit-il à propos de ce long délai. On a offert de travailler entre 7 et 35 heures par semaine. Même si c’est une journée par semaine à nous donner, on va le faire, parce qu’on se dit que si on peut voir deux ou trois hommes par semaine, c’est déjà plus que zéro. »

Les organismes comme le MITAS ou le CIASF possèdent un éventail d’expertises en relation d’aide : psychoéducation, criminologie, sexologie, etc. Cependant, accompagner un homme abusé sexuellement peut nécessiter des interventions réservées à la psychothérapie, notamment si le traumatisme remonte à l’enfance. 

« Il y a clairement un manque en psychothérapie en général, admet Samuel Dussault à propos de ces ressources spécialisées. Il y a des organismes qui ont une limite dans leur relation d’aide ou dans leurs suivis. »

Les thérapeutes qui ont de l’expérience auprès des victimes masculines sont aussi mieux outillés quant aux codes de masculinité qui pèsent sur les épaules de ces hommes. La honte profonde associée à leur expérience et les difficultés à reconnaître leur statut de victimes sont des sujets complexes à explorer en thérapie.

Trouver quelqu’un qui a un permis de psychothérapeute et qui a cette spécialisation-là avec les hommes, c’est immensément rare, confirme Tatou Parisien. 

De plus, le CIASF doit composer avec une réalité géographique particulière : des psychologues et des thérapeutes de toutes sortes traversent la rivière des Outaouais pour travailler du côté ontarien, là où les salaires sont plus élevés.

Pour pallier ce manque d’expertise, l’organisme de Gatineau a fait le pari de s’impliquer directement dans le développement de ces compétences au sein de son équipe. Le centre concentre ses efforts de recrutement auprès de candidats qui possèdent un baccalauréat ou une maîtrise dans une discipline connexe : le travail social, la sexologie, la criminologie ou encore la psychoéducation. 

On va ensuite accompagner [ces personnes à notre emploi] dans un dédale bureaucratique jusqu’à l’adhésion au permis de psychothérapeute, précise Tatou Parisien. On va les former au passage sur la question spécifique de la victimisation masculine.

 

Les hauts et les bas de l’IVAC

En plus du soutien des organismes en intervention, les victimes d’agression sexuelle au Québec bénéficient du régime d’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), réformée en 2021 par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette. Si certains aspects de cette refonte ont été dénoncés, l’IVAC couvre désormais toutes les infractions contre la personne inscrites au Code criminel. Le régime permet d’absorber les coûts liés à un suivi professionnel. 

Les personnes qui ont vécu des violences sexuelles n’ont aucune limite de temps pour déposer une demande à l’IVAC. Plusieurs hommes, dont ceux qui ont été abusés durant l’enfance, ont recours à ce régime pour obtenir du soutien dans le communautaire. Parfois, les organismes accompagnent même ces hommes dans leur demande d’indemnisation, ce qui simplifie le processus pour les victimes.

« Ce qu’on entend beaucoup des hommes, c’est qu’ils sont acceptés plus facilement qu’avant à l’IVAC », remarque Samuel Dussault.

Lorsqu’un organisme ne peut répondre aux besoins de thérapie d’un homme victime d’abus sexuel, l’homme en question est souvent redirigé vers le privé. Plusieurs expertises professionnelles sont incluses dans l’IVAC, mais trouver un psychologue qui accepte les mandats de ce programme constitue un défi, peu importe le genre de la victime.

Les hommes se retrouvent souvent devant un autre mur, constate la psychologue Natacha Godbout.  

La chercheuse et professeure en sexologie à l’UQAM salue la mission de l’IVAC. Cependant, elle remarque que peu de psychologues acceptent ce type de mandat, puisque ces professionnels jugent que le régime nécessite une trop grande quantité de rapports. Cette charge administrative de l’IVAC sert à justifier leur travail avec ceux qui reçoivent ces indemnités.

« Même des personnes qui ont l’expertise avec ces victimes vont voir deux personnes au lieu d’une seule avec l’IVAC, explique la chercheuse. Est-ce que je vais vraiment sacrifier une personne pour faire de l’administratif? Non, je vais voir deux individus. »

— Une citation de   Natacha Godbout, psychologue et professeure en sexologie à l’UQAM

En outre, l’IVAC ne permet pas toujours de couvrir l’ensemble des honoraires des professionnels. Selon les règlements du régime d’indemnisation, les séances de psychothérapie ou de suivi psychosocial individuel, de couple ou de groupe peuvent être remboursées jusqu’à un maximum de 94,50 $ de l’heure.

19 %  – La proportion de psychologues inscrits au service de référence de l’Ordre des psychologues du Québec qui acceptent les mandats de l’IVAC, en date de décembre 2024.

 

Reconnaître et comprendre

Au cours des dernières années, le CRIPHASE a épaulé plusieurs organismes québécois qui voulaient mieux répondre aux besoins des hommes abusés sexuellement. S’il reste du travail à faire, la notion du consentement est de mieux en mieux comprise par les hommes, ce qui leur permet de lever le tabou sur leur expérience. 

Line Ouellet souligne que ces agressions ne sont pas toutes caractérisées par la coercition ou une violence marquée. Quelle que soit la nature du geste, le fait d’y avoir consenti ou non est au cœur de l’expérience de ces personnes.

Cette meilleure compréhension du consentement se traduit par une statistique révélatrice au CRIPHASE : en 2023-2024, 16 % des hommes qui ont demandé de l’aide à l’organisme montréalais disent avoir été abusés par une femme. C’est un sommet depuis 2012, l’année où le centre a commencé à répertorier le genre de la personne qui agresse.

« Ce pourcentage augmente au fil des années, mais ça ne veut pas dire que cette réalité augmente au fil des années. C’est que les hommes vont plus oser en parler, et les intervenants vont être plus à l’aise pour poser la question aussi. »

— Une citation de   Line Ouellet, psychothérapeute et responsable clinique au CRIPHASE

Dans la même foulée, les autorités policières, le gouvernement et la population en général sont de plus en plus sensibilisés à la question des violences sexuelles. L’apparition de tribunaux spécialisés au Québec a facilité l’accès à des services psychosociaux et judiciaires pour les victimes, y compris les hommes. 

Néanmoins, en premier lieu, ces personnes doivent reconnaître que leur vécu a eu des répercussions sur leur vie. C’est un premier pas que plusieurs hommes sont incapables de faire, selon Samuel Dussault.

Dans les enquêtes de victimisation, 22 % des hommes vont dire qu’ils n’ont vécu aucune conséquence après une agression sexuelle, même s’ils reconnaissent avoir vécu une agression, comparativement à 2 % des femmes, souligne le directeur du ROQHAS. C’est la statistique la plus différenciée selon le genre que j’ai pu lire dans la recherche. Ça vient montrer les enjeux de la masculinité.

Je ne veux pas être dans le genrisme, mais je pense que c’est un fait que les gars, on ne va pas chercher d’aide, en se disant que c’est correct et qu’on va passer au travers seul, estime Mathieu Leroux, du MITAS. Ce qui fait que des gars arrivent 30, 40 ans plus tard, et se rendent compte qu’ils ne s’en remettront pas et que c’est un enjeu dans toutes leurs relations.

 

En complément :

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Les mythes entourant les agressions sexuelles chez les hommes https://roqhas.org/les-mythes-entourant-les-agressions-sexuelles-chez-les-hommes-2/ Mon, 28 Oct 2024 17:57:43 +0000 https://roqhas.org/?p=6661

Les mythes entourant les agressions sexuelles chez les hommes

Les mythes entourant les agressions sexuelles chez les hommes

Ça va aller loin avec Geneviève Pettersen | 98.5

28 octobre 2024

Est-ce qu’on a une conception différente des agressions sexuelles chez les hommes versus celles chez les femmes?

C’est la question soulevée par l’animatrice Geneviève Pettersen à la suite du scandale sexuel qui serait survenu au Centre de réadaptation pour les jeunes en difficulté d’adaptation de la Cité-des-Prairies.


Écoutez Samuel Dussault, directeur du Regroupement des organismes québécois pour hommes agressés sexuellement, parler des mythes entourant les agressions sexuelles chez les hommes.


Le segment commence à 6:24

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La loi du silence https://roqhas.org/la-loi-du-silence/ Mon, 28 Oct 2024 06:00:58 +0000 https://roqhas.org/?p=5608

La loi du silence

La loi du silence

Montréal 28 octobre 2024 – En deux ans, au moins 9 éducatrices en poste au centre de réadaptation Cité-des-Prairie auraient eu des comportements à caractère sexuel sur des adolescents. 7 ans après le #MoiAussi, malgré tous nos efforts de sensibilisation sur les violences sexuelles, il est inacceptable qu’une situation comme celle-ci puisse se produire à l’intérieur de nos institutions qui sont censées réadapter ces jeunes. Malgré l’enjeu qu’il n’y a encore aucune accusation criminelle portée envers ces éducatrices, nous avons le devoir de rappeler que ces situations sont des abus sexuels envers des adolescents. 

« La loi du silence »

Comme l’a si bien dit l’un des informateurs de La Presse, il existe une «loi du silence». Ce terme définit bien la situation dans notre culture concernant les violences sexuelles chez les garçons et les hommes. Dans les réactions sociales et institutionnelles, dans les difficultés de dévoilements pour ces garçons et hommes, dans le manque de financement des organismes leur offrant de l’aide et dans le manque de sensibilité que nous accordons aux hommes victimes de violences, une loi du silence marginalise la victimisation sexuelle chez les hommes. 

Il est très préoccupant de savoir qu’autant de violences sexuelles ont pu se produire dans le même centre de réadaptation en si peu de temps. Bien que les faits rapportés datent de plusieurs mois, voire des années, et qu’il n’y a aucune ambiguïté sur la nature de certains crimes, pourquoi aucune accusation criminelle n’a été portée jusqu’à maintenant? Qu’est-ce qui explique un si grand nombre de violences sexuelles en si peu de temps dans le même centre de réadaptation pour les jeunes? De nombreuses questions se posent sur les processus de plaintes lorsque des violences sexuelles sont rapportées ou lorsque des employés en sont témoins. Nous allons devoir attendre le rapport d’enquête attendu au cours de l’automne et les futures poursuites criminelles pour comprendre comment ces gestes ont pu être tolérés aussi longtemps.

Le mythe de l’adolescent «manipulateur»

La question a été posée dans les médias : est-ce que ces jeunes auraient manipulé ces éducatrices ? Notre manque de sensibilité pour parler de violences sexuelles chez ces adolescents est lié à ce mythe tenace de l’adolescent «charmeur» ou «manipulateur» qui souhaite avoir des rapports sexuels avec une femme plus vieille. Ce mythe, renforcé par le fait que ces jeunes sont des contrevenants, ne doit pas diminuer notre empathie par rapport à ces adolescents. Poser la question démontre que nous avons ce biais envers les adolescents masculins. Aucun facteur de vulnérabilité d’une victime, y compris un passé de délinquance, ne peut justifier de blâmer une victime pour les violences sexuelles subies. La responsabilité de ces violences revient à ses éducatrices, d’autant plus qu’elles étaient en position d’autorité et avaient le devoir de les aider.

Ce n’est pas rare

Bien que la majorité des violences sexuelles rapportées soient commises par des hommes, il existe une proportion significative de femmes étant auteures de ces violences. La situation à Cité-des-Prairies nous rappelle que ces cas ne sont pas rares. Il est difficile d’avoir des chiffres qui représentent la réalité concernant la délinquance sexuelle chez les femmes. Dans l’un des projets de recherche en cours au Québec portant sur les hommes ayant vécu de l’abus sexuel à l’enfance au Québec, 1 fois sur 4 (26%), l’agresseuse était une femme. Le tabou des violences sexuelles commises des femmes freine justement le dévoilement de ces violences sexuelles contribuant ainsi à cette loi du silence

Père de son abus sexuel

Selon ce que rapporte La Presse, « L’une de ces éducatrices est tombée enceinte et a accouché d’un enfant, dont le père est l’un de ces mineurs.  Une autre est aussi soupçonnée de porter l’enfant d’un jeune qui n’avait que 15 ans au moment des contacts sexuels dénoncés.» Ce sont des situations très graves qui entraînent des répercussions, non seulement sur l’adolescent, mais aussi sur l’enfant né de cette agression. Il est important de rappeler que depuis juin 2023, la loi permet à une personne victime de contester la filiation d’un enfant issu d’une agression sexuelle et une réclamation d’une contribution financière pour subvenir aux besoins de l’enfant. De plus, l’enfant issu d’une agression sexuelle peut éventuellement contester le lien de parenté s’il le souhaite. Quelles seront les réactions sociales si cet (ou ces) adolescent souhaite s’opposer à la filiation parentale de son agresseuse, même si c’est la mère de l’enfant ? Serons-nous en mesure d’offrir un soutien et un accompagnement libre de biais genré qui ne stigmatiseront pas ces adolescents ou ne les retraumatiseront pas? Il est important de poser ces questions, car encore nos biais sur les violences sexuelles chez les hommes peuvent engendrer des réactions sociales négatives sur la suite de la vie de cet adolescent et de son enfant. 

« Inconduite sexuelle »

Le terme «inconduite sexuelle» permet de couvrir une plus large gamme de comportements à caractère sexuelle que le terme «agression sexuelle» qui se réfère plus spécifiquement à l’article 271 du code criminel. Considérant cette problématique qu’il n’y a pas d’accusations criminelles pour l’instant, il est difficile d’utiliser l’«agression sexuelle» dans le travail journalistique. 

Toutefois, les limites journalistiques ne doivent pas limiter le choix de mots dans nos discussions sur les violences sexuelles. La loi est claire en ce qui concerne les gestes qui sont rapportés. L’âge du consentement est de 16 ans et lorsque la personne est en position d’autorité, comme une intervenante travaillant auprès d’un adolescent, l’âge du consentement est de 18 ans. Peu importe les gestes à caractère sexuel qui ont été posés sur des mineurs par des personnes adultes en position d’autorité, ne craignons pas d’utiliser les termes appropriés : ce sont des abus sexuels. L’absence de rappel sur la loi concernant les violences sexuelles et l’hésitation à utiliser des termes comme «abus sexuel» pour ces victimes contribuent à banaliser la gravité de la situation dans le discours public.

Il y a près de 2 ans, le ROQHAS et de nombreux partenaires signent une lettre ouverte dans le Devoir intitulée Le tabou de la victimisation sexuelle au masculin. Cette lettre dénonçait la banalisation des violences sexuelles vécues par les hommes suivant les réactions sociales à la série de fiction Chouchou. Ne réagissons pas de la même manière encore, puisque cette fois-ci ce n’est pas de la fiction. 

À propos du Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS)

Fondé en 2020, le Regroupement des organismes québécois pour les hommes agressés sexuellement (ROQHAS) a pour mission est de rassembler les organismes communautaires dédiés au soutien des hommes ayant vécu une agression sexuelle au Québec, ainsi que toutes et tous les intervenant.e.s concerné.e.s par cette réalité. Actuellement, il représente plus d’une vingtaine de membres. Le ROQHAS intervient principalement dans la promotion, le financement, l’amélioration et le développement de services adaptés aux besoins et aux réalités des hommes ayant vécu une agression sexuelle. 

Contact Média

Pour plus de renseignements ou une demande d’entrevue en lien avec le rapport, vous pouvez communiquer avec :

Samuel Dussault

Directeur du ROQHAS

[email protected]

514-797-2787

Note : Les statistiques énoncées sont tirées de différentes sources qui seront fournies sur demande.

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