Synth https://synthmedia.fr/ Clarifier les enjeux du présent technologique Fri, 20 Mar 2026 18:07:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://synthmedia.fr/wp-content/uploads/2023/11/cropped-Synth-favicon-32x32.png Synth https://synthmedia.fr/ 32 32 « Beaucoup d’élus ne savaient même pas ! » : près de Grenoble, l’implantation rapide et sans recours d’un data center https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/beaucoup-delus-ne-savaient-meme-pas-pres-de-grenoble-limplantation-rapide-et-sans-recours-dun-data-center/ https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/beaucoup-delus-ne-savaient-meme-pas-pres-de-grenoble-limplantation-rapide-et-sans-recours-dun-data-center/#respond Tue, 17 Mar 2026 08:57:36 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230761 Les ambitions du centre de données de Dataone, présenté comme le plus puissant d’Europe, se heurtent à la réalité du terrain.

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Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Centre de Formation des Journalistes (CFJ)

Le supercalculateur dédié à l’IA porté par l’entreprise DataOne est en service, un peu plus d’un an après l’annonce du projet. Alors que les pouvoirs locaux et les citoyens ont été relégués au rang de spectateurs, les ambitions du centre de données, présenté comme le plus puissant d’Europe, se heurtent à la réalité du terrain.
Le data center d’Eybens ambitionne de devenir l’un des plus puissants d’Europe. Photo : DataOne/King Kong Architecture

À Eybens, commune de 10 500 habitants, voisine de Grenoble, le « cloud » ressemble à un ensemble de bâtiments en béton, longs et bas, comme il en existe à l’infini dans les zones industrielles. Le centre de données dédié à l’IA, présenté par DataOne comme le plus grand supercalculateur d’Europe, est saucissonné entre la rocade, la régie des transports grenoblois et un centre d’exposition démesuré.

Sur la façade de tôle noire — du plastique repêché de l’océan, si l’on en croit le propriétaire, l’entreprise étale son slogan. « DataOne, sustainable datacenter ». Son « data center durable » Charles-Antoine Beyney, le PDG, rêve de le faire fonctionner à la puissance de 200 mégawatts. L’équivalent de la consommation de la ville de Bordeaux. Pour l’heure, la première tranche de travaux prévoit de monter des 15 MW actuellement utilisés à une capacité de 80 MW pour 2028, la cible des 200 mégawatts restant conditionnée à l’étude de raccordement RTE. La métropole grenobloise, de son côté, reste prudente sur l’objectif de DataOne et penche davantage sur un scénario à max 100 MW dans une étude d’impact commandée en 2025.

Les collectivités locales désarmées par l’État

Lors de la réunion publique à la salle des fêtes d’Eybens début janvier 2026, Antoine Beyney tentait de rassurer citoyens et membres d’associations mobilisés contre le supercalculateur. « C’est un projet français, regardez-moi, je suis Français ! » . Dans les faits, l’investisseur, qui a posé 800 millions d’euros sur la table, est le sulfureux groupe émirati G42. Les puces informatiques qui équiperont les installations seront fournies par l’américain AMD. DataOne émane d’une entreprise irlandaise et sa holding est basée au Luxembourg. Quant à son PDG, il vit à Dubaï depuis des années.

Dans la région, les collectivités locales n’ont pu que constater l’implantation du data center. « DataOne est arrivé avec ses gros sabots. Ils ont contacté la presse avant les interlocuteurs locaux. Nous n’avons pas pu intervenir au moment de la vente des bâtiments. Notre ambition est de réduire notre empreinte environnementale numérique, mais l’IA vient tout foutre en l’air ! », se désole Florent Cholat, vice-président à la Métropole de Grenoble, en charge du numérique. 

Nicolas Richard, le maire d’Eybens (récemment réélu) est tout autant réduit au rôle de figurant, comme beaucoup d’autres élus dépourvus de véritables moyens juridiques pour encadrer ces infrastructures très spécifiques. Il a alerté la préfecture et demandé la mise en place d’un dialogue entre les différentes parties. Sans résultats. De son côté, l’État a cherché à accélérer les procédures administratives en déclarant les data centers « projet d’intérêt national majeur », dans l’article 15 de sa loi de simplification de la vie économique (dont le vote a été repoussé après les élections municipales).

Ce label pourrait considérablement accélérer l’implantation des data centers en France et permettre au gouvernement de respecter le calendrier fixé par Emmanuel Macron. En février 2025, celui-ci a érigé la souveraineté nationale en matière d’intelligence artificielle en priorité, faisant du déploiement de 35 data centers sur tout le territoire, la colonne vertébrale de sa stratégie.

Concrètement donc, l’État pourrait se substituer aux collectivités locales pour l’instruction des projets. Les consultations publiques seraient allégées, les règles environnementales pourraient être drastiquement assouplies et le nombre de recours réduit.

Un data center qui souffle le chaud et le froid

Si la loi de modernisation de l’économie devait, dans l’hypothèse de son adoption par le parlement, exonérer le centre de données d’Eybens d’une étude d’impact en bonne et due forme, la Métropole grenobloise en a tout de même commandé une. Résultat : le data center se situe dans un îlot de chaleur, où la température est 3,5 degrés plus chauds que le reste d’Eybens. En cas de fonctionnement à 100 MW, le data center ajouterait de 0,1 à 0,2 degré à la fournaise ambiante.

Pour refroidir son matériel, le data center demanderait l’équivalent de trois piscines olympiques (soit 12 000 m3) chaque année. Infiniment moins que ce que les data centers IA américains nécessitent à l’heure actuelle, mais un volume d’eau important dans un département régulièrement classé en vigilance rouge en juillet et en août. Cette performance serait permise, selon Charles-Antoine Beyney, par un « système de refroidissement révolutionnaire ». Contacté pour plus de précision, il n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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Pour l’hiver, M. Beyney a proposé à la métropole de mettre à sa disposition l’eau usagée et chauffée. Après avoir étudié la question, la collectivité a refusé. « L’eau du data center sort à 65 degrés. Celle qu’on utilise est chauffée à 100 degrés. La seule possibilité aurait été d’installer une pompe à chaleur pour un coût de 20 millions d’euros. Au final nous aurions payé plus cher la chaleur du data center que la nôtre », explique Florent Cholat.

Côté jobs, le data center n’aura pas non plus de retombées positives sur la commune d’Eybens. L’ancien propriétaire des bâtiments, le géant américain HP, employait il y a encore quelques mois 350 collaborateurs. Loin de la centaine d’emplois avancée par le PDG de DataOne. Une différence qui se traduit sur la taxe foncière : DataOne paiera près de 200 000 euros de moins que HP. M. Beyney promet de les rendre à la municipalité « quand le data center fera du profit ».

« Les gens ne sont pas du tout au courant »

À Grenoble, ville où les écologistes ont obtenu 9 % des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2022, soit le double du score national des verts, un quasi-silence accompagne l’installation du data center. Une pétition portée par STOP DataOne et soutenue par une quinzaine d’organisations locales réclamant un moratoire sur le projet et des études d’impact a récolté près de 6500 signatures. Mais mis à part cela, ce projet de grande envergure ne semble pas faire lever le moindre sourcil du côté du grand public.

Marina Quenard, membre du collectif à l’origine de la pétition, s’étonne : « J’ai tracté dans la rue, et les gens ne sont pas du tout au courant. Et beaucoup d’élus ne savaient même pas ! » Le sujet n’a pas non plus affleuré d’un poil lors de la campagne pour les élections municipales. Pourtant, les inquiétudes sont bien là. Les citoyens au courant craignent notamment les générateurs de secours au fioul, de 22 mégawatts, particulièrement polluants. Une étude de 2024, de l’Université de Californie et CalTech a d’ailleurs démontré que ces générateurs causaient de l’asthme chez les populations avoisinantes, et participait même à l’accroissement des risques de décès dû à la pollution de l’air.

Les habitants redoutent également le conflit d’usage électrique, c’est à dire des tensions d’arbitrage lorsqu’il y a plus de demandes que d’énergie disponible. Le risque est clairement évoqué par un rapport du Shift Project sorti mi 2025, qui estime que la consommation énergétique des data centers français pourrait quadrupler en dix ans pour atteindre 7,5 % de la demande totale de courant électrique.

« Plus connu pour ses coups de comm’ que ses réussites »

Du côté de la métropole, Florent Cholat dit rester vigilant, et évoque l’utilisation de moyens juridiques si le data center venait à atteindre la puissance annoncée. « On sait qu’il y a un accord avec Enedis pour monter à 100 MW, mais on ne sait même pas s’ils y arriveront. Charles-Antoine Beyney est plus connu pour ses coups de comm’ que ses réussites. Notre indice de confiance dans le projet est faible. » 

Car la réalité freine les ambitions de DataOne. À l’annonce du projet, l’entreprise envisageait d’atteindre un gigawatt (soit la consommation d’un million d’habitants). Il n’est plus question du gigawatt, l” ambition du projet a été divisé par cinq pour atteindre les 200 mégawatts l’an prochain, mais seuls 15 mégawatts sont d’ores et déjà disponibles sur site. Les travaux nécessaires pour mutualiser les deux calculateurs isérois et atteindre 80 mégawatts fin 2025 n’ont pas encore commencé, mais devraient durer trois ans. Comme beaucoup d’autres projets de data centers, la puissance annoncée, argument massif destiné aux investisseurs, est souvent délirante. Et face à la réalité, les chiffres retombent systématiquement comme un soufflé. 

« On ne peut pas se comprendre »

Dans la salle des fêtes d’Eybens, lors de la réunion publique, Charles-Antoine Beyney et les habitants engagent un débat sur l’intérêt d’un tel projet, et de la course à l’IA plus généralement. Pour le patron de DataOne, investir dans l’IA n’est même pas une question. « On est dans une guerre du savoir. Ce qui nous a placé au sommet de la chaîne alimentaire, c’est notre cerveau, pas notre force physique. Aujourd’hui, celui qui dispose de la plus grande intelligence, c’est celui qui dominera le monde de demain. Si tu n’as pas cet armement, tu es mort, obsolète. ».

Une rhétorique proche de celle des Tech bros de la Silicon Valley qui tranche avec les préoccupations locales sur les conditions de vie, la pollution, les nuisances. « Il nous a dit qu’à Dubaï, où il vit, ses enfants apprenaient l’IA à l’école. J’ai l’impression qu’on ne parle pas le même langage, qu’on ne peut pas se comprendre », soupire Marina Quenard en se rappelant les échanges.

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Data centers et emploi : à Cambrai, personne ne croit en une Ch’tilicon Valley https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/data-centers-et-emploi-a-cambrai-personne-ne-croit-en-une-chtilicon-valley/ https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/data-centers-et-emploi-a-cambrai-personne-ne-croit-en-une-chtilicon-valley/#respond Mon, 16 Mar 2026 11:52:43 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230723 Dans les Hauts de France, plusieurs projets de data centers suscitent l’espoir de créer une vallée de l’IA fertile en nouveaux emplois.

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La ville va bientôt accueillir un immense data center qui nécessitera à terme une puissance électrique d’un gigawatt. Dans la région, plusieurs autres projets de data centers ont été annoncés, suscitant l’espoir pour le président des Hauts-de-France de faire de sa région, « une vallée de l’IA et des data centers ». Reportage.
Le parc logistique e-Valley, à Cambrai qui accueillera le futur data center. (Brookfield Asset Management)

Cambrai, 31 000 habitants et 10 % de taux de chômage, bien au-dessus de la moyenne nationale de 7,9 %. En périphérie de cette ville du Nord : des champs à perte de vue, et des villages que l’on devine autrefois bien vivants. Traversés par une départementale, ils sont de ceux où l’on ne fait que passer. Une station-service à l’abandon, une boutique qui vient de mettre la clef sous la porte, on devine les traces d’une ancienne devanture, la rue principale est déserte, pas d’adulte. La plupart des volets sont baissés, et les arrêts de bus sont vides, pas d’enfant. Alors, quand le 19 mai 2025, en marge du sommet Choose France, le fonds d’investissements canadien Brookfield a confirmé l’investissement de 10 milliards d’euros dans un giga data center à quelques kilomètres de là, pouvant générer près de 4000 emplois, selon le président de l’agglomération du Cambraisis Nicolas Siegler, certains y ont vu une bénédiction.

A Cambrai et ses environs, le taux de chômage avoisine les 10%, bien au-dessus de la moyenne nationale de 7,9%. Quelques commerces ont mis la clé sous la porte.

En février 2025, Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, affiche son ambition de faire de la région « une vallée de l’IA et des data centers ». Tout s’emballe. Les médias locaux relaient la joie des Cambrésiens. « C’est l’avenir ! » « Ça crée du dynamisme dans notre ville, je trouve que c’est une très bonne idée », disent certains d’entre eux dans un micro-trottoir de France 3 Hauts-de-France. « On en a parlé pendant des semaines à la télé, au bar, dans la ville. Dès qu’on parle d’emploi, les gens sont contents ici. Des journalistes venaient pour connaître notre avis ! Et puis tout est retombé, aujourd’hui c’est terminé. » se souvient Allain, le patron du bar l’Européen, dans le centre-ville. 

Générer des vidéos de « chatons mignons pour les boomers »

Sur le comptoir de marbre, ce vendredi après-midi, quelques habitués sont accoudés, bière ou café en main. Juchés sur des tabourets violets, ils discutent des nouvelles de la ville, de sport, de travail… Allain est derrière le comptoir depuis 22 ans. Il connaît Cambrai comme sa poche. Sur son zinc, les points de vue se confrontent, parfois, quelques engueulades surviennent. Comme tout bon troquet, l’Européen est l’endroit idéal pour prendre le pouls d’une ville. Jovanni, 29 ans, n’avait pas entendu parler de ce projet. Cette nouvelle ne semble pas surprendre le Cambrésien, il hausse les épaules : « Vaut mieux faire ça ici qu’au Mexique où il n’y a pas d’eau ».

Il fait référence à Querétaro, une ville mexicaine, minée par la sécheresse et les coupures d’eau potable, où Microsoft pompe 25 millions de litres d’eau potable par an pour ses data centers. Allain intervient : « C’est vrai qu’on m’a dit que c’était très énergivore ces trucs-là. » Celui de Brookfield nécessitera à terme une puissance électrique de 1 gigawatt, soit plus que la production d’un réacteur de la centrale nucléaire de Gravelines, distante de 150 kilomètres. Mais en mai 2025, dans Le Monde, Nicolas Siegler assurait qu’un réseau de chauffage urbain, alimenté par le surplus d’énergie du data center, était à l’étude pour éviter les pertes. Pour Jovanni, « il faut voir ce qu’on va en faire aussi ». « Si c’est pour générer des vidéos par Intelligence Artificielle (IA) de chatons mignons pour des boomers, c’est pas la peine. » 

Le data center de Cambrai fait partie d’un plus vaste projet. Il est l’un des 35 sites « prêts à l’emploi » pour accueillir des data centers dédiés à l’IA sur le territoire français. Ces dernières années, Emmanuel Macron a fait de la course à l’IA son cheval de bataille. Il a multiplié les annonces d’investissement, allant toujours plus loin et visant toujours plus grand. En février 2025, lors du Sommet de l’IA, le président de la République avait annoncé 109 milliards d’euros d’investissements pour faire du pays une terre d’accueil de ces infrastructures. Au total, près de 67 milliards d’investissements de la part des géants internationaux dans les centres de données ont été annoncés en 2025 dans l’Hexagone.

Le mirage de l’emploi local

À l’Européen, les enjeux de souveraineté nationale n’intéressent personne. Ici, on espère avant tout une baisse du chômage et un avenir meilleur « pour nos gamins ». Jovanni s’interroge : « Qu’est-ce que ça va rapporter comme emploi ? » Allain se souvient d’une discussion avec un client qui connaissait le domaine. « Il m’avait dit que les data centers recherchez surtout des postes assez pointus, pas sûr que ça aide la population locale… » En effet, les retombées des data centers sur l’emploi local restent modestes. Selon la dernière enquête de Trendeo, citée par Les Échos en février dernier, les investissements dans ces structures ne devraient déboucher que sur la création de 2 800 emplois directs, hors effet multiplicateur. Contacté, Nicolas Siegler n’a pas répondu à nos questions sur les promesses d’emploi. Jason, un habitué de l’Européen, ajoute avec un air espiègle : « Dans le coin, on a plutôt des gens qui travaillent avec leurs bras que leurs cerveaux ». Lui travaille depuis sept ans dans la manutention, près du site E-Valley, qui accueillera cette année le data center. Il voit mal la région devenir « la prochaine Silicon Valley ». 

Pourtant, Xavier Bertrand, le président de la région, voit grand et veut passer « des mines à l’IA ». Il y a un an déjà, il affirmait : « Nous avons tous les atouts pour devenir une référence et ferons notre maximum pour accueillir cette filière stratégique dans la région. » Quand on évoque l’image d’une Ch’tilicon Valley au comptoir, tous les clients se marrent. Si, en plissant bien les yeux, on peut confondre un instant les terrils de la région avec les monts Santa Cruz de Californie, on est bien loin de l’eldorado des géants de la Tech. 

Un monstre gris dans les champs

En quittant Cambrai, les champs s’étendent à perte de vue. Les petits ronds-points s’enchaînent et rien ne trouble l’horizon. C’est dans ce plat pays que le site d’E-Valley se trouve. Un monstre gris en plein milieu du décor. Rien d’autre à la ronde. Des entreprises sont déjà installées : Axdis Pro, Thomson Energy, Haddad Brand…. À l’accueil du site, personne n’a d’informations sur l’avancée du projet. 

Le futur data center est situé dans une zone rurale, au milieu des champs et des villages.

Le commerce le plus proche du site est à 1,5 kilomètre de là. Au milieu de la D643, à l’entrée du village de Sancourt, 250 habitants, le café Chez Grand-mère semble abandonné. Sur sa devanture, des enseignes lavées par le temps s’alignent : Pelforth, Stella Artois et Semeuse, une marque de bière lilloise disparue dans les années 1990. Sur la porte, un panneau de la Française des jeux indique « ici, conseils pour retirer jusqu’à 2 millions de francs ». La poignée se tourne, et une mamie au dos courbé, à la chevelure grise et aux yeux bleus apparaît. Anne, 73 ans, la propriétaire des lieux, est seule dans son café. Dans son dos : un comptoir en bois sculpté, des rideaux en crochet aux fenêtres et un carrelage ancien. Elle ne sait pas ce qu’est un data center et n’a jamais entendu parler de cet immense projet qui s’installe juste à côté de chez elle. Elle aurait bien besoin de clients pourtant, mais elle ne se fait pas d’illusion, ou peut-être qu’elle ne croit plus aux promesses des politiques : « ça m’étonnerait que ça amène de l’emploi ici ».

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« On vit dans un dépotoir numérique » : en Seine–Saint-Denis, les data centers dégradent le quotidien des riverains https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/impact-des-datacenters-en-seine-saint-denis/ https://synthmedia.fr/vie-quotidienne/impact-des-datacenters-en-seine-saint-denis/#respond Sat, 14 Mar 2026 07:49:20 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230688 Quel sont les impacts environnementaux et sociaux des data center implantés en Seine–Saint-Denis sur les habitants?

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Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Centre de Formation des Journalistes (CFJ)

Entre pollution de l’air, nuisances sonores et risques liés aux substances chimiques, l’implantation annoncée d’un data center au Bourget cristallise les inquiétudes des riverains. Dans une Seine–Saint-Denis déjà marquée par la forte concentration de ces infrastructures numériques, beaucoup redoutent une altération durable de leur cadre de vie et des conséquences encore mal mesurées sur la santé publique.

« Si le projet aboutit, j’envisage de déménager. » Depuis la fenêtre de sa chambre, située au deuxième étage d’une résidence du Bourget, Adil Champion avait pris l’habitude de scruter l’horizon. Bientôt, des cheminées viendront se hisser dans le décor. La Ville souhaite implanter d’ici 2030 un data center de 25 300 m² sur l’ancien site d’un entrepôt H&M, à moins de 200 m de chez lui. Père d’un enfant de deux ans, Adil Champion refuse qu’il grandisse à côté d’une zone « risquée pour sa santé et sa sécurité ». Alors les jours de marché, emmitouflé dans une épaisse doudoune, il distribue des tracts aux côtés de membres du collectif de 120 riverains déterminés à s’opposer à l’arrivée de cette nouvelle ferme numérique.

Jean-Marie Baty du MNLE 93 et Adil Champion distribuent des tracts sur le marché du Bourget pour alerter sur les risques d’un data center dans leur ville.
Jean-Marie Baty du MNLE 93 et Adil Champion distribuent des tracts sur le marché du Bourget pour alerter sur les risques d’un data center dans leur ville.

En une décennie, une trentaine de data centers ont poussé en Seine–Saint-Denis. Véritable « cœur du réacteur », le département est aujourd’hui celui qui en concentre le plus dans l’Hexagone, porté par un foncier abordable et une bonne capacité de raccordement au réseau électrique. « Les habitants ont l’impression de vivre dans un dépotoir numérique, s’insurge Jean-Marie Baty, président du Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE) du département. Rien que sur 2 km² vont se trouver trois énormes centres de données qui ensemble vont produire une puissance proche de celle d’un réacteur nucléaire  [soit environ 800 MW, NDLR]. »

Une concentration qui nourrit l’inquiétude des riverains face à la proximité du site du Bourget, encore suspendu à l’aval de la préfecture, du Digital Park de La Courneuve, déjà opérationnel, et de celui de Dugny, dont le permis de construire vient d’être accordé. Plus ces data centers sont regroupés, plus les risques se cumulent, notamment en matière de pollution de l’air. « On parle de la présence de plus de 200 groupes électrogènes », alerte le président du MNLE 93. Ces moteurs, destinés à alimenter les centres de données en cas de coupure électrique, fonctionnent pour la plupart au fioul. Lorsqu’ils sont en marche, ils rejettent des particules d’oxydes d’azote et de dioxyde de carbone. 

Un impact sur la qualité de l’air sous-évalué

Pour chaque projet, les maîtres d’ouvrage réalisent une étude d’impact environnemental pour démontrer que les quantités de polluants seront minimes. Sauf que les avis rendus par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) d’Île-de-France pointent que les tests ne se déroulent jamais dans les conditions réelles. Par exemple, pour celui de Dugny, l’étude d’impact n’a observé que des tests réalisés par lots de sept, pendant 1 h 30, en été et sans vent, alors que « les 108 groupes électrogènes vont tourner tous ensemble au moins trois à quatre heures par mois pour vérifier leur bon fonctionnement » , détaille Philippe Schmit, ancien président de la MRAe. 

L’impact réel sur la qualité de l’air est donc plus élevé, même si aucune étude ne permet d’en quantifier précisément l’ampleur. D’autant qu’il est déjà arrivé qu’un data center fonctionne sur groupes électrogènes pendant 270 heures — un épisode survenu en Essonne en 2022. « Sans oublier que la qualité de l’air du département n’est pas réputée pour être bonne et que le vent peut orienter les mouvements d’air du site vers les zones habitées », ajoute Philippe Schmit. Au Bourget, devant le terrain du futur data center, Adil Champion pointe du doigt les bâtiments les plus proches avec agacement : « Là il y a une école primaire et là-bas une maison de retraite, deux populations particulièrement fragiles. » 

Une école primaire et une maison de retraite se trouvent à quelques pas du futur data center du Bourget. 

Les systèmes de refroidissement des data centers posent également des questions sur la santé des habitants. Pour maintenir les serveurs qui surchauffent à une température de 28 °C, des fluides frigorigènes sont utilisés. L’un d’eux, le barbare R1234ze, se dégrade en formant du TFA, un polluant éternel qui augmente les risques de maladies, comme les cancers ou les problèmes de thyroïde. L’Autorité environnementale alerte par ailleurs sur les impacts potentiels pour les riverains en cas d’incendie, si ces substances venaient à se diffuser dans l’air. « On nous dit qu’au moindre problème, tout restera confiné strictement dans le périmètre du data center, s’esclaffe Jean-Marie Baty. Comme pour le nuage de Tchernobyl », ironise-t-il. 

Du bruit et de la chaleur

À La Courneuve, difficile de louper le Digital Park. Surnommé la « soucoupe volante », le mastodonte de 400 000 m² est au cœur d’une zone urbaine dense. Les logements les plus proches se trouvent à 20 m. Des arbres ont été plantés et un parc a été créé. Mais rien n’y fait : on le voit de partout. « De base, les datacenters sont implantés dans les champs, aujourd’hui on se rapproche des villes sans s’adapter aux nouvelles contraintes », explique Philippe Schmit de la MRAe. Résultat, des riverains se plaignent de nuisances sonores causées par les ventilateurs, les groupes électrogènes et de refroidissement. « Ce n’est pas tous les jours ni toute la journée, mais avec le sens du vent, cela peut indisposer des personnes qui vivent jusqu’à 500 m de l’infrastructure, surtout la nuit », rapporte l’ancien président.

Surnommé la soucoupe volante, le Digital Park de La Courneuve est visible depuis les habitations.

L’installation de gigantesques centres de données en pleine ville n’arrange également rien au réchauffement climatique. Avec leurs serveurs qui tournent sans arrêt, presque toute l’électricité consommée est transformée en chaleur. Sans refroidissement, la température intérieure peut grimper jusqu’à 60 °C. Elle est ensuite évacuée vers l’extérieur par les systèmes de climatisation, ce qui contribue à la formation d’îlots de chaleur autour des habitations et affecte les riverains à proximité. Un phénomène qui vient s’ajouter à la vulnérabilité de la Seine–Saint-Denis, déjà régulièrement confrontée aux fortes températures, en grande partie à cause de sa bétonisation.

Les entreprises promettent de récupérer ce surplus d’énergie appelé chaleur fatale pour chauffer des bâtiments proches du data center. C’est le cas pour la piscine olympique de Saint-Denis. Mais, dans les faits, seule une minorité de sites récupère réellement cette chaleur. « Cela suppose de lourds aménagements pour la transporter et c’est à la charge des contribuables », souligne Jean-Marie Baty, du MNLE. D’autant que, pour le projet du Bourget, à peine 13 % de cette énergie pourrait être exploitée.

Beaucoup ne savent pas ce qu’est un data center

Ce sont ces mêmes arguments que le collectif contre le data center du Bourget répète auprès des passants du marché qui prennent le temps de s’arrêter. « La plupart ne se sentent pas concernés », confie Adil Champion avec dépit. Le bout des doigts rougi par le froid, il ne désespère pas et continue de tendre des flyers : « Beaucoup ne savent pas ce qu’est un data center et ce que cela implique, on est là pour les sensibiliser. »  Le groupe accuse la mairie de ne pas avoir organisé de réunion publique et d’avoir annoncé le projet le plus discrètement possible dans le journal de la ville. 

Une pétition a malgré tout recueilli 18 000 signatures, alors que Le Bourget ne compte que 16 000 habitants. Au-delà des associations environnementales mobilisées, les signataires sont aussi « des riverains des communes voisines, comme Dugny ou La Courneuve, qui n’ont pas réussi à se mobiliser à temps contre les data centers chez eux et tentent aujourd’hui de se rattraper », explique le militant. Le marché touche à sa fin, mais la lutte, elle, est loin d’être terminée. Adil Champion glisse les derniers tracts dans son sac à dos, prêt à les déposer dans les boîtes aux lettres sur son chemin.

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« War Markets » : sur Polymarket et Kalshi, on spécule sur la mort et la destruction https://synthmedia.fr/ethique/war-markets-polymarket-kalshi/ https://synthmedia.fr/ethique/war-markets-polymarket-kalshi/#respond Fri, 13 Mar 2026 07:47:36 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230666 Polymarket et Kalshi autorisent des anonymes à parier sur de possibles frappes militaires, la mort de dirigeants politiques ou l’hypothèse d’un conflit nucléaire.

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Des plateformes dérégulées comme Polymarket et Kalshi autorisent des anonymes à parier sur de possibles frappes militaires, la mort de dirigeants politiques ou l’hypothèse d’un conflit nucléaire. Au plus proche de l’actualité guerrière de ce début d’année, les gains empochés peuvent atteindre des centaines des millions de dollars. Alimentant les soupçons de délit d'initiés. 

Au mois de mars 2026 sur Polymarket, la plateforme leader des « marchés prédictifs », il est possible de miser de l’argent (en crypto-actifs) sur de possibles événements liés à l’actualité guerrière : « Quels pays seront frappés par l’Iran en mars ? » ; « Les États-Unis vont-ils frapper Cuba ? » ; « Une offensive terrestre d’Israël au Liban ? ».

Mais aussi de parier sur une possible escalade nucléaire en Iran : « Iran Nuke before 2027 ? ». En plein boom, cette plateforme dérégulée inaugure une nouvelle accélération mortifère du capitalisme néolibéral : la financiarisation des conflits armés. Ou quand des régiments de tradeurs amateurs espèrent réaliser des gains sur la mort, la destruction et les crimes de guerre.

Financiariser les conflits armés

Quelques heures seulement avant qu’une frappe mortelle ne touche la résidence de l’ayatollah Khamenei, un utilisateur de Polymarket sous le pseudonyme de “magamyman” a pu réaliser un gain de 120,000 dollars en pariant sur le fait que le guide suprême ne serait plus au pouvoir avant la fin mars, rapporte The Atlantic. Et dans les heures précédant l’opération « Epic Fury » en Iran, 150 utilisateurs ont parié au moins 1000 dollars chacun que l’opération serait déclenchée de façon imminente. Le jackpopt revenant à un utilisateur anonyme ayant empoché près de 500,000 dollars sur l’un des paris associé à l’opération en Iran.

Depuis mars 2025, plus de 529 millions de dollars ont été pariés sur les « par markets » de plateformes comme Polymarket ou Kalshi. Avec la succession des opérations militaires menées conjointement par Israël et les Etats-Unis, les paris s’envolent depuis le début de l’année. En janvier 2026, un utilisateur anonyme a empoché 400,000 dollars après avoir correctement parié sur l’enlèvement de Nicolás Maduro. Le timing de ses différentes prises de position montrait une anticipation quasi-parfaite de cette actualité spectaculaire, laissant planer le doute sur un possible délit d’initié. Un « insider », proche du gouvernement ou des agences impliquées, aurait-il eu accès à l’information concernant la capture et décidé de monétiser ce « edge » sur un marché prédictif ?

Du délité d’initié sous stéroïdes ?

Il faut dire que, sur Polymarket, certains gains spectaculaires résultant de paris audacieux ont créé le doute. Le 26 février dernier, dans les heures précédant le déclenchement de l’opération « Epic Fury » en Iran, six comptes anonymes de la plateforme Polymarket (repérés par le site d’analyse Bubblemaps) ont amassé 1,2 millions de dollars après avoir correctement misé sur le timing de l’attaque menée par Israël et les États-Unis. À quelques heures seulement du déclenchement de l’opération, ces comptes ont placé plusieurs milliers de dollars chacun sur l’option « oui », indiquant qu’ils misaient sur des frappes imminentes contre le régime des mollahs. Ces six comptes ont tous été créés pour ce pari spécifique, et le tempo du pari précédait immédiatement l’actualité, laissant entendre que les parieurs disposaient d’informations précises venues de l’intérieur de l’État major américain.

Depuis, les spéculations sur un possible délit d’initiés se font pressantes. Début février 2026, les autorités israéliennes ont ainsi arrêtés plusieurs réservistes de l’armée accusés d’avoir utilisé leur accès à des informations confidentielles pour parier sur des marchés prédictifs, et empocher de substantiels gains. Une pratique criminelle, pourtant encouragée par le jeune CEO de la plateforme, Shayne Coplan. Dans un interview pour Axios, ce dernier a ainsi déclaré fin 2025 : « Ce qui est cool avec Polymarket, c’est que la plateforme encourage à divulguer des informations sur le marché ».

Prophétie auto-réalisatrice

La popularité de ces pratiques de spéculation sur les désastres interrogent également, dès lors que l’on réfléchit aux possibles effets d’entrainement. Par-delà la spéculation financière, doit-on s’inquiéter de l’influence de ces plateformes chez les décisionnaires militaires eux-mêmes ? « Il ne faudrait pas un budget faramineux pour qu’un gouvernement ou un acteur étatique ne manipule les paris sur Polymarket afin de suggérer l’idée que des pays du Golfe puisse envahir l’Iran, conduisant à de vraies opérations militaires sur le terrain — nourrissant la panique et la paranoïa », alerte le chercheur Alex Goldenberg dans The Atlantic.

D’autant que certains experts militaires se font les avocats de ce type de plateformes, encourageants les stratèges à intégrer les tendances des “war markets” à leurs analyses, notamment pour les problématiques de sécurité nationale. À ce jour, seule la plateforme Kalshi est enregistrée aux Etats-Unis. Depuis son bannissement pour trois ans en 2022, l’accès à Polymarket doit se faire avec un VPN. Mais deux sénateurs démocrates ont d’ores et déjà proposé d’interdire ces pratiques de spéculation sur les « war markets », en particulier aux membres du Congrès américains et des différentes agences gouvernementales étasuniennes.

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Municipales 2026: X et TikTok favorisent l’extrême droite https://synthmedia.fr/politiques/municipales-2026-x-et-tiktok-favorise-lextreme-droite/ https://synthmedia.fr/politiques/municipales-2026-x-et-tiktok-favorise-lextreme-droite/#respond Thu, 12 Mar 2026 15:04:44 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230651 À la veille d'élections municipales 2026, les réseaux sociaux X et TikTok favoriseraient particulièrement les contenus d'extrême droite.

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EN UN COUP D’OEIL

  • Algorithmes sous soupçon : Deux enquêtes indépendantes suggèrent que X et TikTok amplifient l’extrême droite en pleine campagne municipale.
  • Le cas Knafo interroge : Sur X, ses vidéos explosent sans cohérence avec l’engagement mesurable, contrairement à TikTok.
  • Un risque démocratique documenté : Études de terrain et recherche académique convergent, tandis que la riposte institutionnelle tarde.
Constat sans appel à la veille d'élections municipales très disputées dans un certain nombre de territoires, les réseaux sociaux X et TikTok favoriseraient particulièrement les contenus d'extrême droite. C'est en tous cas ce qu'il ressort de deux études, une dirigée par la l'ONG People vs Big Tech et une autre dirigée par Arago, qui documentent de manière indépendante ce que les plateformes X et TikTok refusent d'admettre: leurs algorithmes ne sont pas neutres, et leurs effets sur le débat politique sont désormais mesurables 

Depuis plusieurs semaines, un phénomène sur les réseaux résiste à toute explication raisonnable. En janvier 2026, les vidéos de Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris du parti d’extrême droite d’Eric Zemmour Reconquête!, accumulent sur X environ 17 millions de vues, contre 1,4 million pour Rachida Dati, candidate LR qui dispose pourtant d’un nombre d’abonnés sensiblement équivalent.

En février, l’écart s’amplifie encore : les vidéos de Knafo sont vues en moyenne dix fois plus que celles de la Ministre de la Culture, 202 585 vues par vidéo contre 20 984. La candidate des Républicain n’a pourtant pas lésiné sur les coups médiatiques en arpentant les rues de Paris pour créer le buzz sur les réseaux mais rien n’y a fait. Arago, média de veille politique propulsé par l’IA générative, publie ces observations dans deux vagues d’étude successives (ici et ici) et y détecte quelque chose qui dépasse la seule qualité éditoriale.

Knafo x 10 : quand les données cessent de coïncider

Les équipes d’Arago examinent des cas précis qui rendent la thèse du talent communicant difficile à tenir seule. Une vidéo montrant Knafo mordre dans une baguette atteint 1,8 million de vues, soit 30 fois plus qu’une vidéo sur les dérives du Conseil de Paris qui affiche pourtant des taux d’engagement nettement supérieurs sur tous les critères mesurables : commentaires, retweets, likes, sauvegardes. Plus révélateur encore, la vidéo de lancement de campagne de Knafo (4,7 millions de vues) présente des niveaux d’engagement sept à dix fois inférieurs à une vidéo parodique de Trump ayant atteint le même compteur.

La vidéo de Sarah Knafo affiche des niveaux d’engagement 7 à 10 fois inférieurs à ceux de la vidéo parodique de Trump (src: Arago)

L’algorithme de X, dont une partie du code a été rendue publique sur GitHub, est censé valoriser l’engagement comme principal moteur de recommandation. Les données observées contredisent pourtant ce principe. La comparaison avec TikTok est d’ailleurs assez frappante : sur la plateforme chinoise, les performances des deux candidates sont quasi-identiques, 14,8 vues par abonné pour Dati, 11,9 pour Knafo. Le biais est donc spécifique à X, non imputable à la seule stratégie de campagne.

Sur X comme sur TikTok, l’extrême droite occupe le terrain

People vs Big Tech, une organisation à but non lucratif regroupant plus de 150 structures de la société civile, a publié le 10 mars dernier, à quelques jours du premier tour des municipales, une enquête menée sur douze comptes X et TikTok créés en France entre le 23 et le 27 février. Résultat des courses, sur X, 59 % des publications politiques officielles proposées aux profils orientés à droite proviennent de comptes d’extrême droite, un taux qui a même atteint 71 % lors d’une journée d’observation.


Contenus proposés aux profils de gauche et de droite sur X (src: People vs Big Tech)

Emmanuel Macron, pourtant titulaire du compte politique français le plus suivi avec 10,3 millions d’abonnés, n’apparaît qu’en 28e position parmi les personnalités les plus montrées. Sur TikTok, la tendance est comparable — 56 % du contenu politique proposé aux profils de droite provient de l’extrême droite — même si le volume de publications politiques y reste nettement plus faible que sur X. Les deux plateformes partagent aussi un autre trait : quatre des cinq comptes non-politiques les plus fréquemment affichés font la promotion de l’extrême droite, indépendamment du profil consulté.

Ce que l’expérience randomisée de Nature a établi

Ces études trouvent une assise expérimentale dans une autre étude, publiée le 18 février dernier, dans la revue Nature. Conduite par Germain Gauthier, professeur adjoint d’économie à l’Université Bocconi de Milan, Roland Hodler de l’Université de Saint-Gall, Philine Widmer et Ekaterina Zhuravskaya de la Paris School of Economics et de l’EHESS, l’expérience randomisée a porté sur 4 965 utilisateurs américains actifs assignés aléatoirement soit au fil algorithmique « Pour vous », soit au fil chronologique, pendant sept semaines à l’été 2023.

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Les résultats de cette étude menée sur un temps plus long sont nets : l’exposition au newsfeed algorithmique déplace les opinions politiques vers des positions plus conservatrices sur l’ensemble des attitudes mesurées, et, conduit les utilisateurs à suivre davantage de comptes activistes conservateurs. Un comportement qui persiste d’ailleurs après désactivation de l’algorithme. L’effet est asymétrique et documenté. Activer l’algorithme modifie les opinions, le désactiver ne les ramène pas à leur état initial. Le mécanisme identifié par les chercheurs éclaire directement le cas français. L’algorithme injecte massivement dans le newsfeed « Pour vous » des contenus de droite ou d’extrême droite issus de comptes non suivis par l’utilisateur, tout en rétrogradant les publications des médias traditionnels. Ce n’est pas une dérive, c’est systémique.

Coté institutions, quelle est la réponse des autorités à de telles dérives? Le Digital Services Act européen impose aux plateformes d’évaluer et d’atténuer les risques pesant sur les processus démocratiques mais les effets sont pour le moment faibles ou non-existant du point de vue des cityoens utilisateurs. Par exemple, la Roumanie a du annuler le second tour de son élection présidentielle à la suite de soupçons d’ingérence algorithmique sur TikTok.

Les données disponibles sur le scrutin municipal français sont désormais suffisamment documentées pour que les autorités compétentes comme l’ARCOM, la Viginum, ou la Commission nationale des comptes de campagne soient saisies. Mais le temps d’instruction des saisines n’est guère compatible avec le calendrier électoral et pour ce cycle d’élections, il y a peu de chances pour que les plaintes débouchent sur des effets directs et réels.

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Illégales, infaisables ou dispendieuses : les drôles de promesses technologiques pour les municipales de 2026 https://synthmedia.fr/politiques/securite-et-police/municipales-2026-propositions-securitaires/ https://synthmedia.fr/politiques/securite-et-police/municipales-2026-propositions-securitaires/#respond Thu, 12 Mar 2026 07:04:10 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230548 Tour d’horizon du pire des propositions technologiques des candidat·es aux élections municipales de 2026, et leur chiffrage aux frais du contribuable.

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EN UN COUP D’OEIL

  • Surenchère techno-sécuritaire : VSA, drones IA, lampadaires « intelligents »… les municipales 2026 virent au concours de gadgets.
  • Promesses fragiles : plusieurs dispositifs vantés restent illégaux, immatures ou déjà abandonnés par les entreprises censées les fournir.
  • Addition salée : derrière l’argument sécuritaire, ces projets feraient peser des coûts massifs et flous sur les contribuables.
Des drones dopés à l’IA pour traquer les délinquants à Marseille, des « lampadaires intelligents » à Paris, un système de vidéosurveillance algorithmique doté d’un hypothétique bouton « off » à Toulouse… Tour d’horizon du pire des propositions technologiques des candidat·es aux élections municipales de 2026, et leur chiffrage aux frais du contribuable. 

À l’approche du premier tour des municipales, Synth a ausculté les premières annonces des candidats aux élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars 2026. Si la vidéosurveillance algorithmique et ses promesses sécuritaires ont la côte chez nombre de candidat·es, en particulier à droite et à l’extrême-droite, d’autres solutions émergent, comme les drones dopés à l’IA ou les « réverbères intelligents ». Synth tente de chiffrer le coût, souvent hasardeux, de ces différentes propositions technologiques à visée sécuritaire.

De la moula pour la VSA

Le gadget à la mode, c’est sans nul doute la vidéosurveillance algorithmique (VSA). À Paris, Lyon, Nice, Marseille, Toulouse ou encore à Brest, les candidats de droite ou d’extrême-droite appellent de leurs vœux une évolution législative afin d’intégrer l’intelligence artificielle à leur réseau de caméras dispersées sur la voie publique. Parmi ces élus, la palme du candidat le plus pressé revient sans débat à Jean-Luc Moudenc (Divers droite). Depuis quelques années, le maire de Toulouse, candidat à sa réélection, s’illustre dans sa cuisine électorale sauce sécuritaire, en déployant tous azimut des caméras dans les rues de la ville rose. Sa promesse pour 2026 ? « Une caméra dans chaque rue ». Soit 1 380 supplémentaires, en plus des 710 déjà installées, un budget estimé à 40 millions d’euros par le candidat, rapporte la Dépêche du Midi.

Alors même qu’en 2016, il confiait sa circonspection quant à l’efficacité de la VSA, il souhaite, dix ans plus tard, réinvestir les outils algorithmiques pour une « aide à la relecture des images et aux enquêtes judiciaires » ou encore pour une « aide à l’interpellation quand un délit est signalé ». Le maire-candidat s’y voit déjà. Jean-Marc Manach révèle dans Next que la métropole de Toulouse – dont Jean-Luc Moudenc est le président – a lancé un appel d’offres en mai 2025 pour moderniser le système de vidéoprotection du territoire, notamment avec des « solutions d’analyse algorithmique ».

Les contribuables toulousains risqueraient alors de passer au tiroir caisse. Contactées par Synth, plusieurs entreprises du secteur nous avancent que les prix pour les licences de logiciel pour la touche IA oscillent entre 900 et 1 400 euros annuels, par caméra. Pour une cinquantaine de caméras, comptez 45 000 à 75 000 euros, qui peuvent se transformer en 80 000 à 150 000 euros avec la maintenance, la mise à jour ainsi que la mise à disposition d’un serveur dédié. À titre d’exemple, Mediapart avait révélé le contrat passé par la ville de Saint-Denis pour obtenir le droit d’usage du logiciel de la société messine Two-I. Le prix : 118 000 euros pour 50 de ses caméras. L’entreprise a depuis fait faillite, en mai 2025. À Asnières-sur-Seine, il a fallu débourser 40 000 euros pour équiper 50 des caméras de la ville d’une surcouche logicielle proposée par la société Briefcam, selon Le Parisien.

Toutefois, l’édile toulousain reste prudent. En l’absence de texte pour légaliser encore pleinement ces usages, « ces fonctionnalités avancées devront être désactivées par défaut », indique le candidat. Une allusion à un hypothétique bouton « OFF » ? À Nice, Christian Estrosi (Les Réublicains) appelle au déploiement de la VSA “en temps réel” mais, là encore, la faisabilité de la mesure est soumise à une “modification législative au plan national“. En clair, c’est pour le moment illégal.

Des “réverbères intelligents” pour lutter contre les VSS

Mais s’il y a une mesure à chiffrer, c’est évidemment celle de Sarah Knafo (Reconquête) et de ses « réverbères intelligents », capables, selon la candidate, de « réagir aux crimes et délits » sur la voie publique. Le choix du dispositif interroge ? Les agressions à caractère sexuelles sont perpétrées, dans 54% des cas, par une personne connue de la victime, indiquent les chiffres du gouvernement. Par ailleurs, sur quels critères de baser pour identifier de façon certaine la réaction d’une femme victime d’une agression en pleine rue ?

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Côté pratique, ce dispositif sophistiqué comprendrait a minima : un réverbère d’éclairage public doté d’un variateur de lumière et de la possibilité d’orienter le faisceau vers un potentiel agresseur ; un détecteur sonore pour capter l’environnement sonore ; un logiciel pour détecter les bruits considérés comme anormaux ; une option supplémentaire pour un dispositif d’alerte automatique à la patrouille de police municipale la plus proche. Côté coût, la candidate d’extrême-droite chiffre sa mesure à 20 millions d’euros par an, pour l’installation de 8 000 réverbères. Soit un prix de 2 500 euros pièce, le double par d’un équipement normal selon elle.

Mais il demeure très compliqué d’estimer le coût exact de cette mesure. Sarah Knafo l’assure : « ces technologies de détection d’infraction par IA existent déjà ». Serenicity, entreprise française un temps en vogue dans ce domaine, s’est désormais réorientée dans la cybersécurité et est dans l’incapacité de fournir un prix pour ces outils qui ne sont plus vendus depuis… 2018. Sensivic, l’autre champion du secteur, a été liquidé judiciairement en mai 2025.

Des drones intelligents pour traquer les délinquants

À Marseille, Martine Vassal (Les Républicains), la présidente de la métropole et candidate amatrice de dérapages pétainistes, verrait bien des drones dopés à l’IA survoler la cité phocéenne. Une proposition futuriste et spéculative, puisque ces technologies n’ont jamais été testées en raison de la maturité « insuffisante » des solutions techniques à déployer, indique le rapport du comité d’évaluation de l’expérimentation des JO 2024. Comprendre : la technologie n’est pas encore assez efficace pour être testée.

Pourtant, la candidate LR propose de déployer 20 de ces hypothétiques « drones algorithmiques », dont 10 seraient en permanence en survol d’une zone allant « du Vieux-port jusqu’à la place Castellane ». Son projet ? Une fois une infraction repérée par un drone, il traquerait son auteur jusqu’à son arrestation. Cette mesure est chiffrée à 500 000 euros, au minimum, estime Sandra Blanchard, secrétaire générale du mouvement de Martine Vassal, auprès des journalistes de France 3. Si un projet de loi d’extension des prérogatives pourrait autoriser les policiers municipaux à utiliser des drones, l’usage continu et généralisé que la candidate prévoit ne survivrait probablement pas à un recours devant un tribunal administratif.

Pourtant, d’autres candidats en France lorgnent sur l’usage de drones, comme Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et Thierry Mariani (RN) à Paris, Jean-Michel Aulas (sans étiquette, soutenu par LR) à Lyon et Alexandre Humbert Dupalais, son concurrent d’extrême-droite (UDR). Ces mesures sont, au choix, infaisables, illégales et dispendieuses. Pourtant, elles figurent en bonne place dans les programmes des candidat·es de droite et d’extrême-droite. Qui omettent souvent de préciser que leur coût de tels dispositifs sécuritaires se reportera directement sur le porte-monnaie de leurs administré·es.

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Technofascisme : quand la Silicon Valley réinvente la suprématie blanche https://synthmedia.fr/sur-les-retines/technofascisme-quand-la-silicon-valley-reinvente-la-suprematie-blanche/ https://synthmedia.fr/sur-les-retines/technofascisme-quand-la-silicon-valley-reinvente-la-suprematie-blanche/#respond Sat, 07 Mar 2026 19:55:17 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230436 Philosophe, spécialiste des Black Studies et de la pensée decoloniale, Norman Ajari
fait paraître aux éditions Météores « Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche ». Dans cet entretien il éclaire la généalogie intellectuelle de ce nouveau fascisme tech.

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La propagande du pouvoir américain a muté : elle ne cherche plus à convaincre, elle cherche à désorienter, à provoquer le ricanement plutôt que l’adhésion, à rendre les symboles du fascisme assez ludiques pour qu’on hésite encore à les nommer. Philosophe, spécialiste des Black Studies et de la pensée decoloniale, Norman Ajari fait paraître aux éditions Météores « Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche ». Dans cet entretien il éclaire la généalogie intellectuelle de ce nouveau fascisme tech.

Dans son essai Technofascisme : le nouveau visage de la suprématie blanche 1, le philosophe Norman Ajari analyse le phénomène encore trop peu documenté qu’est le technofascisme. Pour Ajari, la période dans laquelle nous nous trouvons ne marque pas un retour du fascisme historique, mais sa mutation la plus aboutie, celle où le CEO remplace le Führer, où l’entreprise dévore l’État, et où, face à ces transformations, la résistance devra peut-être puiser ses ressources ailleurs que dans le camp des Lumières.

Il suffit de regarder de près le comportement de l’exécutif américain pour en voir une incarnation concrète. D’abord, ce qui frappe dans la communication trumpiste, c’est son rapport irrévérencieux au sérieux. Les slogans suprémacistes, impérialistes et racistes circulent sur Truth Social en surfant sur l’iconographie sous kétamine des IA génératives d’OpenAI. Greg Bovino s’affiche drapé dans un manteau qui rappelle celui des SS de l’allemagne Nazie et ses collègues revêtent les masques du Punisher pour traquer les migrants dans la rue. L’action publique baigne dans une atmosphère de mème et de ricanement permanents sans qu’on ne puisse rétablir le sérieux de la situation.

Pour Norman Ajari, cette dérision permanente reprends une grammaire, des codes, qui rendent possible d’agir en fasciste sans porter le fardeau de la subjectivité fanatique. On agite les symboles du fascisme tout en se convainquant de ne pas les croire vraiment. On amuse tout en terrifiant. Dans la pratique politique, précise le philosophe, il est « quasiment impossible de discerner les opinions des fascistes dérisoires de celles de véritables néonazis ». Nick Fuentes, commentateur d’extrême droite américain, le confirme à sa manière : son problème avec Trump, dit-il publiquement, c’est « précisément qu’il n’est pas Hitler ».

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Ce fascisme pop a d’ailleurs des racines intellectuelles moins anodines qu’il n’y paraît, et elles sont pour une part significative françaises. Dans les années 1970-1980, le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), animé par Alain de Benoist, entreprend de rendre le fascisme théoriquement présentable. C’est Guillaume Faye, par ailleurs animateur Skyrock sous le pseudonyme « Skyman », qui, avec L’Archéo-futurisme (fin des années 1990), formule la version la plus opératoire pour le siècle suivant. Sa thèse : la supériorité de l’Occident tient à la conjonction d’un génie technologique sans borne et d’une brutalité assumée. Un érotisme de la machine pilotée par des individus quasiment immoraux.

Peter Thiel, cofondateur de PayPal, investisseur derrière Facebook, Airbnb et Spotify, et premier grand argentier de Trump et JD Vance, partage cette philosophie de l’histoire. Dans ses écrits, il affirme que la civilisation occidentale est la seule à s’inscrire dans un temps linéaire et à posséder un futur réel, la Chine ne devant son succès qu’à sa capacité d’imitation. Sa formule competition is for losers résume une conception du capitalisme de monopole érigée en stratégie existentielle : il faut devenir « le monopole de soi-même ». Nick Land, philosophe britannique du CCRU de Warwick, qu’il partageait avec Mark Fisher, Sadie Plant et Kodwo Eshun, en représente la version philosophiquement la plus sophistiquée. Sa longue fréquentation de l’art contemporain lui a conféré une aura culturelle qui a longtemps masqué ce que Norman Ajari considère comme un fascisme fondamental. « Comme chacun sait, Judas lui-même était très bien entouré », observe ironiquement le philosophe.

Le CEO comme nouveau souverain : la privatisation du régalien à l’œuvre

La mécanique du technofascisme tient en un syllogisme : toutes les grandes entreprises fonctionnent comme des dictatures, l’État doit fonctionner comme une entreprise, donc l’État doit fonctionner comme une dictature. Le DOGE de Musk en a offert une démonstration grandeur nature, une thérapie de choc managériale appliquant la logique de la survie du plus fort à l’appareil fédéral américain. Palantir, société cofondée par Peter Thiel (encore), en incarne la version la plus létale : son logiciel modélise des kill chains, des chaînes de mise à mort au sens littéral, et l’armée israélienne l’emploie à Gaza avec l’efficacité génocidaire que l’on connaît. Karp ne s’en cache pas devant ses actionnaires.

Ce transfert de souveraineté vers la forme-entreprise ne constitue pas, pour Norman Ajari, un retour au féodalisme, contrairement à l’hypothèse techno-féodale de Varoufakis ou Cédric Durand. C’est l’effondrement du néolibéralisme concurrentiel au profit d’un capitalisme de monopole analytiquement plus proche de l’impérialisme décrit par Lénine que du servage médiéval.


Sylvia Wynter, l’afro-futurisme et la question de ce que « humain » veut dire

Combattre le technofascisme avec les seules armes de la démocratie libérale revient, selon Norman Ajari, à s’attaquer à une flotte de sous-marins nucléaires avec des pistolets à eau. C’est donc vers la tradition radicale noire que le philosophe se tourne pour mobiliser un contre-imaginaire opératoire, et notamment vers Sylvia Wynter, philosophe jamaïcaine dont la carrière s’est déployée à Stanford, la matrice même de Thiel. Wynter a développé le concept d’humanité processuelle : l’humain n’est pas un donné, c’est une pratique. Les Lumières européennes ont fabriqué un paradigme de l’Homme, genré, racialisé, occidental et l’a érigé en quintessence de l’humanité. Le technofascisme le radicalise en lui ajoutant la dimension transhumaniste : dépasser cet Homme pour aller vers un surhumain supra-racial. Un racisme sous stéroïdes.

La tradition radicale noire, depuis les premiers auteurs abolitionnistes, n’a jamais pu prendre l’humanité pour acquise, et c’est précisément cette instabilité fondatrice qui, selon Norman Ajari, ouvre un espace critique que le discours européen se refuse à occuper. Résister au technofascisme passe concrètement par la socialisation des entreprises : remettre aux travailleurs les rênes de leur direction, faire de l’entreprise le premier lieu de décision démocratique du monde contemporain.

La question qui demeure suspendue est peut-être celle-ci : dans quelle mesure la critique du technofascisme qui se déploie en Europe reste-t-elle prisonnière du récit que l’Occident se raconte sur lui-même — celui dont le technofascisme n’est pas l’antithèse, mais l’accélération ?

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  1. Technofascisme : Le nouveau rêve de la suprématie blanche, Norman Ajari, 2026 ↩︎

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Meta-prédateurs : quand la Silicon Valley réarme le harcèlement de rue https://synthmedia.fr/ethique/meta-lunettes-connectees-harcelement-de-rue/ https://synthmedia.fr/ethique/meta-lunettes-connectees-harcelement-de-rue/#respond Sat, 07 Mar 2026 19:48:47 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230557 À l’aide des lunettes connectées Meta, des influenceurs filment des femmes sans leur consentement pour les afficher sur les réseaux sociaux.

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EN UN COUP D’OEIL

  • Des lunettes devenues armes sociales : des influenceurs filment des femmes à leur insu, transformant le harcèlement en spectacle viral.
  • Un backlash féministe 2.0 : ces contenus recyclent la domination masculine sous couvert d’innovation, au mépris du consentement.
  • Technologie, droit, société : entre vide perçu, sanctions existantes et reconnaissance faciale, le débat dépasse largement Meta.
Les lunettes connectées de Meta seraient-elles devenues le nouvel outil préféré de la manosphère ? À l’aide des caméras intégrées à ces montures, des influenceurs filment des femmes sans leur consentement pour les afficher sur les réseaux sociaux. Un phénomène encore cantonné au monde anglo-saxon, mais qui fait débat en France où l’on s’inquiète de ce backlash féministe 2.0.

Faut-il vraiment parler d’innovation au sujet des montures connectées de Meta, ou plutôt d’une régression anti-féministe ? Depuis le lancement des Ray Ban Meta Display fin 2025, une tendance inquiétante ne cesse de prendre de l’ampleur dans les pays commercialisant cet accessoire connecté qui n’est pour le moment pas disponible en France. Des hommes l’utilisent pour filmer discrètement leurs « flirts » de rue et filment, sans leur consentement, des femmes dont la gêne devient une forme de divertissement algorithmique. Sur les réseaux, cette mécanique tourne à plein régime sous les hashtags #POVRizz et #RizzPOV — le terme « rizz » étant un mot d’argot anglais pour désigner le charisme sur les réseaux sociaux. Fin février 2026, l’une de ces vidéos dépassait les 200 millions de vues sur TikTok.

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Une pratique qui incarne le versant 2.0 de la communauté dite de la « séduction ». Soit un groupe d’hommes inspirés par le développement personnel, avides de défis de drague de rue à l’image du compte @socialconfidentclub, qui propose sur Instagram d’aider « les hommes d’affaires actifs à surmonter leur anxiété d’approche et à gagner en confiance ».

Violation de la vie privée

Avec ces contenus, le spectateur adopte le regard du prédateur. À travers l’objectif invisible des lunettes Meta, la rue devient une scène de chasse où chaque passante est une cible potentielle. Des compliments lourds aux techniques farfelues pour arracher un baiser ou un numéro de téléphone, tout est filmé, monté et diffusé. Le piège se referme alors dans le silence du clic : que la femme sourit par politesse ou soit gênée au plus au point, cet échange n’est déjà plus le sien. Elle ne le sait pas encore, mais elle vient de devenir le personnage principal d’un contenu viral qu’elle n’a jamais consenti à tourner. En clair, elle est victime d’une agression à caractère sexiste.

Elyse alias @Herculysee sur X a été victime d’une agression de ce type. Son image a été enregistrée à son insu par un créateur de contenu hispanophone. Celui-ci a tenté de l’inviter à sortir de manière insistante dans un magasin. Une fois la supercherie découverte, la jeune femme s’est indignée d’avoir été jetée en pâture à des millions de voyeurs. “Voilà pourquoi ces lunettes, ou toute autre version, ne devraient PAS exister. Je me souviens très bien de cette interaction, je n’avais aucune idée que j’étais filmée. […] C’est perturbant. Ça me rend malade”, dénonce la jeune femme. Pour elle, comme pour tant d’autres personnes humiliées en ligne, ces outils ne constituent pas des gadgets, mais de véritables armes de violation de la vie privée.

Performance de la domination masculine

« Filmer le harcèlement en temps réel est une performance de la domination masculine. En exhibant le nombre de femmes abordées, ces créateurs produisent des trophées numériques destinés à valider leur statut au sein d’un boys club sexiste », s’alarme Laure Salmona, directrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Après des années de lutte pour sortir le harcèlement de rue de la banalité et le faire reconnaître comme une violence réelle, la technologie menace de nous faire reculer. » Car, avec l’usage détourné des lunettes Meta, les agressions deviennent « un simple divertissement, où l’on transforme le traumatisme des femmes en contenu ludique pour amuser la galerie », dénonce l’autrice du livre 15 idées reçues sur les cyberviolences et le cyberharcèlement.

Pour se dédouaner, Meta insiste sur la lumière LED intégrée à ses lunettes qui s’active chaque fois qu’une personne capture du contenu. Un argument insuffisant pour la chercheuse Hélène Bourdeloie. « Tout le monde n’a pas connaissance de cette fonctionnalité qui, par ailleurs, peut être détournée », pointe la coordinatrice du groupe de recherche Genre et espace numérique au CNRS. Preuve à l’appui, des tutoriels circulent sur Reddit pour désactiver le voyant, quand certains se fournissent en stickers sur Amazon pour masquer le signal et filmer en toute discrétion.

Banalisation de la surveillance

Si la pratique est surtout le fait d’influenceurs anglo-saxons, « filmer une femme à son insu avec des lunettes connectées pour diffuser la séquence sur les réseaux sociaux est un acte lourdement sanctionné en France », insiste l’avocat Sosthènes Dmitrasinovic, spécialiste du droit numérique et de l’intelligence artificielle. Entre les violations du RGPD sur la protection des données et les infractions au Code pénal, les risques légaux sont réels. « La captation comme la diffusion de vidéos sans consentement constituent des délits passibles de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Selon les circonstances, ces faits peuvent également être qualifiés de harcèlement ou d’outrage sexiste », appuie-t-il.

Or la machine est d’ores et déjà lancée. Avec 7 millions d’exemplaires écoulés en 2025 et des discussions entre Meta et EssilorLuxottica pour pousser la production vers 20 millions d’unités. Ce n’est peut-être que le début de la dérive d’un outil qui se voulait révolutionnaire pour les technophiles mais qui comporte de nombreux angles morts, entre les risques de deepfakes et la surveillance de masse banalisée par ce gadget lifestyle. Le tout sponsorisé par les marques RayBan et Oakley. Meta travaille, en outre, à l’ajout d’une couche logicielle de reconnaissance faciale à son accessoire-phare. Cette mise à jour pourrait être disponible dans le courant de l’année 2026.

De la commodification au fascisme ?

« Permettre à des particuliers d’utiliser la reconnaissance faciale en pleine rue est une ligne rouge absolue. C’est offrir à n’importe qui un pouvoir de surveillance que même l’État peine à encadrer. Pour protéger nos libertés, la seule réponse cohérente n’est pas la régulation, mais l’interdiction pure et simple de ces produits sur le marché », assène l’avocat Sosthènes Dmitrasinovic. « Cette stratégie de commodification prépare un terrain dangereux pour le fascisme », avertit de son côté Laure Salmona. Elle appelle donc à « légiférer pour empêcher que cette intrusion technologique ne devienne la norme sociale de demain ».

En attendant un passage à l’acte des autorités françaises, son association se prépare à mener une grève féministe numérique le 8 mars, dans le cadre de le cadre de la journée internationale des droits des femmes. L’objectif ? Briser un continuum d’oppression millénaire perpétué sur le web.

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Qui sont les spin doctors de la tech qui influencent le pape sur l’IA ? https://synthmedia.fr/ethique/spin-doctors-pape-ia/ Wed, 04 Mar 2026 23:23:22 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230502 La relation du Saint Siège aux pontes de l’IA est ambivalente. Depuis dix ans, l’organisation de “hackathons romains” et de réunions discrètes indique que le le Vatican a bien ouvert ses portes aux magnats de la tech.

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EN UN COUP D’OEIL

  • Diplomatie tech au Vatican : hackathons et réunions secrètes relient la Curie et la Silicon Valley, sur fond de « bien commun ».
  • Une stratégie d’influence : Paul Tighe et Éric Salobir orchestrent un réseau mêlant GAFAM, investisseurs et conseillers français.
  • Éthique vs coups de com’ : “Appel de Rome”, jumeau numérique de Saint-Pierre, le pape Léon XIV affiche pourtant un scepticisme croissant vis-à-vis de l’IA.
La relation du Saint Siège aux pontes de l’IA est ambivalente. Depuis dix ans, l’organisation de “hackathons romains” et de réunions discrètes indique que le le Vatican a bien ouvert ses portes aux magnats de la tech. Un “dialogue” qui permet au Saint-Siège de rester en phase avec les évolutions de la société. Et aux apôtres de la Silicon Valley de se connecter au monde chrétien, fort de ses 1,4 milliards de croyants. Synth a plongé dans les coulisses de ces rencontres et identifié les figures-clé de cette stratégie d’influence.

À Rome, tout a changé, et rien n’a bougé. Depuis que Léon XIV a pris la tête de la Curie en mai 2025, les usages hérités des douze ans de pontificat de François perdurent. Parmi eux, des rencontres aussi discrètes que régulières entre le Saint-Siège et la Silicon Valley se sont poursuivies. Une tradition de dialogue avec les géants de la tech, née il y a dix ans, sous l’impulsion d’un réseau de dirigeants, préoccupé par les conséquences sociales des outils qu’ils développent. Et la perspective de sensibiliser le pape à leurs préoccupations.

Une passerelle entre les deux mondes

En 2016, deux géants se serrent la pince dans la résidence Sainte-Marthe, au cœur du Vatican. Ce jour d’été, face au pape François, Mark Zuckerberg a troqué son traditionnel t-shirt-jean pour un costume-cravate. Entre le Brexit et l’élection de Donald Trump, le patron de Facebook jure vouloir l’aider à répandre son « message de compassion et de tendresse ».

Une rencontre permise par le travail de l’ombre d’un prélat irlandais qui, en coulisse, s’active alors pour faire rentrer l’institution millénaire dans l’ère moderne. Quelques années après avoir piloté le lancement du compte Twitter du pape Benoît XVI, l’évêque Paul Tighe organise une série d’entretiens à huis clos entre François et des magnats de la tech. Bien qu’il ne sache pas se servir d’un ordinateur, le Saint-Père martèle un message clair devant Tim Cook, d’Apple, et Eric Schmidt, de Google : la technologie doit être placée au service du bien commun.

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Mais le réseau de ce haut dignitaire, ordonné quarante ans en arrière, est limité. C’est un prêtre français qui lui ouvre les portes de la Silicon Valley. Ex-banquier, conférencier à la tête d’un think tank sur le numérique, Éric Salobir est alors expert pour le Vatican en matière de technologie. D’après Paul Tighe, c’est à l’occasion d’un festival dédié aux nouvelles technologies à San Francisco que le Dominicain noue de premiers contacts avec les « tech bros ». « Éric parvient toujours à “marcher dans ces deux mondes” en y conservant une véritable légitimité », racontait-il en 2022. « Il a joué un rôle déterminant en servant de passerelle ».

Vatican II.0

Fait d’armes notable : en mars 2018, le Lillois, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de Synth, organise un « hackathon » au Vatican. L’événement se tient sous l’égide du Secrétariat pour la communication, en partenariat avec Google et Microsoft. Durant trois jours, 120 étudiants du monde entier planchent sur des solutions techniques aux problèmes migratoires et environnementaux pointés par l’encyclique Laudato Si. Les vainqueurs reçoivent 2 000 $ et des casques de réalité mixte offerts par Microsoft.

Des rencontres plus discrètes se tiennent également au palais de la Minerve, un couvent dominicain couleur terre battue à deux kilomètres du Vatican. À partir de 2016, une trentaine de responsables se réunissent régulièrement sous l’impulsion des deux apôtres romains de la tech. Des dirigeants du Vatican y côtoient des ingénieurs et scientifiques de la Silicon Valley, sous la règle de confidentialité de Chatham House : les informations partagées lors des réunions peuvent sortir mais la liste des participants, elle, est tenue secrète.

Aux côtés d’Eric Salobir et de Paul Tighe, le « comité de pilotage » réunit le fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, le vice-président de Google, James M. Manyika, et l’ancien associé de McKinsey, Jean-Hugues Monier. Installé à New York, ce Français implanté dans les réseaux d’affaires internationaux fréquente autant Davos que Rome. Son rôle de conseiller d’entreprises sur le déploiement de l’IA et de chevalier au sein de l’organisation caritative de l’Ordre de Malte lui confère une place de choix dans ces rencontres. Le réseau d’Eric Salobir y est omniprésent : Reid Hoffman siège au conseil d’Optic, le think tank du prêtre, tout comme Carlo d’Asaro (ex-Google) et le prince Nikolaus de Liechtenstein. Quant à James M. Manyika, il est administrateur du conseil d’administration de la Human Technology Foundation, autre organisation fondée par Eric Salobir, affichant notamment sur son site le soutien de Google, Orange, Thalès et Palantir. Le média Church Leaders rapporte également la présence aux « dialogues » de Maurice Lévy, président du conseil de surveillance de Publicis et proche d’Optic.

Quand Dario Amodei et will.i.am rencontrent le pape

En 2023, de rares photos dévoilées à l’occasion de la venue du pape François au sein de cette réunion révèlent l’identité de participants. Synth y a identifié Dario Amodei (Anthropic) et le chanteur will.i.am. Côté Français, l’ancien secrétaire d’État chargé du Numérique de France, Cédric O, et la désormais coprésidente du Conseil français de l’IA et du numérique, Anne Bouverot, sont présents. Le prêtre et professeur de philosophie américain consulté par le Vatican sur les sujets liés à l’IA, Philip Larrey, signale aussi la présence de Demis Hassabis, directeur général de Google DeepMind : « C’est l’une des personnes que le Vatican écoute le plus sur ces sujets, il a fait plusieurs réunions privées avec le Pape ». Les images permettent également d’identifier Blaise Agüera y Arcas, vice-président de Google.

Si les Google’s boys sont en nombre, côté Gafams, seul Kevin Scott, le directeur de la technologie de Microsoft, est identifiable sur les images. Une sous-représentation étonnante, au vu de la manière dont le mastodonte californien a pénétré les portes du Saint-Siège depuis quelques années.

Microsoft et l’éthique

En 2019, le président de Microsoft, Brad Smith, rencontre François par l’entremise de Vincenzo Paglia, un archevêque alors à la tête de l’Académie pontificale pour la Vie. Au fil du dernier pontificat, cette boîte à idées reliée au Saint-Siège est sommée de mettre de côté ses thématiques de recherches historiques plutôt conservatrices, liées à la question des valeurs familiales ou de la morale sexuelle. L’enjeu de l’éthique entourant l’IA générative prend le pas, sous l’impulsion du prêtre Paolo Benanti qui s’impose comme conseiller du pape et lui souffle le concept d’“algor-ethique”, progressivement adopté par le Saint-Père. Lors de leur entretien à Rome, le boss du software et le souverain pontife parlent aussi de mettre l’IA « au service du bien commun ».

Peu après, Microsoft investit un milliard de dollars dans une startup californienne au potentiel considérable. OpenAI est alors une entreprise à but non lucratif, dont les fondateurs, Sam Altman et Elon Musk, répètent à l’envi qu’elle doit consacrer toutes ses recherches à l’émergence d’une “intelligence artificielle générale” au bénéfice de l’humanité. Lorsque, en 2020, Paolo Benanti pilote la publication de l’appel de Rome pour une éthique de l’IA, le texte est immédiatement signé par IBM et Microsoft. Sans être contraignant, il marque le premier appel formel émanant du Vatican à réguler les outils d’apprentissage automatique.

« L’idée était de pousser les grosses entreprises à changer la manière dont ils pensaient leurs produits dès la conception », détaille Andréa Ciucci, directeur à l’académie pontificale pour la Vie. « Et on a gagné ! Aujourd’hui, Microsoft et les autres qui ont signé comme Cisco parlent d’éthique et allouent des ressources à la recherche sur le sujet ». Ces engagements n’ont toutefois pas freiné la course effrénée lancée par ChatGPT en 2022, permettant à la multinationale créée par Bill Gates d’atteindre une valorisation record de 3,4 milliards de dollars.

Minecraft au Vatican

Depuis, la relation du mastodonte avec le Saint-Siège se poursuit. En 2025, Microsoft alloue drones, caméras et laser pour créer un jumeau numérique de la basilique Saint-Pierre, pour le site du monument. En prime, l’entreprise intègre la balade patrimoniale virtuelle dans « Minecraft Education » – une plateforme d’enseignement dans l’univers du jeu vidéo à succès dont elle détient la licence. Joli coup de pub, avalisé par une institution à la tête d’un réseau mondial d’universités et d’enseignements catholiques.

Taylor Black, directeur du programme d’incubation chez Microsoft, y voit un moyen de rester connecté aux besoins des clients : « Si on veut servir la planète, il faut que les 1,4 milliards de catholiques se sentent représentés dans nos produits, expose ce « consulteur » du Vatican. Notre point de vue ne doit pas être uniquement celui d’ingénieurs de la côte ouest américaine ».

Qui se sert de l’autre ? « Le Vatican est la cible préférée de tous les influenceurs, nous y compris », reconnait Etienne de Rocquigny. Avec son organisation Rerum NovAIrum, il tente de mobiliser l’enseignement social de l’Église pour aider les entreprises à distinguer les bons et mauvais usages de l’IA. « Les Gafams aimeraient s’adosser à l’image du Vatican pour en tirer une sorte de bénédiction, mais je pense que ça ne trompe personne. Surtout pas Léon qui, en pape américain autant du Nord que du Sud, est très lucide sur leur agenda ». Manière de signifier que ce pape, né à Chicago et adopté par le Pérou, connaît le pouvoir de l’influence culturelle du pays de l’oncle Sam sur ceux dans son giron.

Léon à l’écoute du mouvement contre l’IA

D’autant que François, auparavant, et désormais Léon, consultent une multiplicité d’acteurs sur ces sujets. En novembre 2025, le Saint-Père recevait Megan Garcia, dont le fils s’est ôté la vie après avoir développé une relation malsaine avec un chatbot. « Un nombre considérable d’événements officieux se déroulent autour du Vatican, et permettent de porter des messages », rappelle Philip Larrey, citant pour exemple la venue de Max Tegmark, voix du Future of Life Institute, influente parmi les catastrophistes.

Au Saint-Siège, il se murmure que la première lettre solennelle qu’il adressera à l’ensemble des chrétiens pourrait être en partie consacrée à la révolution engendrée par ces logiciels. Ses prises de position critiques sur les risques liés à l’usage de l’IA martelées depuis sa prise de fonction ne laissent pas de doute sur son scepticisme à l’égard de cette technologie et du « contrôle oligopolistique » des systèmes algorithmiques : « La tâche qui nous est confiée n’est pas d’arrêter l’innovation numérique, mais plutôt de l’orienter et de prendre conscience de sa nature ambivalente », exhortait-il en janvier. « Il revient à chacun de nous d’élever la voix pour défendre la personne humaine, afin que nous puissions véritablement assimiler ces outils comme des alliés ».

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L’IA ne réforme pas les institutions démocratiques, elle les détruit https://synthmedia.fr/politiques/lia-ne-reforme-pas-les-institutions-democratiques-elle-les-detruit/ Wed, 25 Feb 2026 15:06:45 +0000 https://synthmedia.fr/?p=230453 Les systèmes d'IA sont, par conception, structurellement incompatibles avec la survie des institutions démocratiques

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EN UN COUP D’OEIL

  • Neutralité contestée : deux juristes affirment que l’IA, par conception, fragilise les institutions démocratiques, même bien utilisée.
  • Trois “affordances” corrosives : atrophie de l’expertise, décisions morales court-circuitées, isolement social qui mine la contestation et la légitimité.
  • Des preuves déjà là : DOGE, FDA, tribunaux… des cas où l’IA marginalise l’humain et érode le capital social.
C'est l'argument massue des toutes les conversations entre techno-optimistes, l'Intelligence Artificielle n'est qu'un outil de plus dans une trousse déjà bien garnie. Vendue comme un instrument à la neutralité absolue, elle serait au service de celleux qui l'emploie. C'est l'idée que deux professeurs de droit de la Boston University, Woodrow Hartzog et Jessica Silbey, viennent de démolir dans un article publié en ce début d'année dans le UC Law Journal,« How AI Destroys Institutions » 1. 
Leur thèse : les systèmes d'IA sont, par conception, structurellement incompatibles avec la survie des institutions démocratiques. Pas en raison d'un mauvais usage. Par nature.

Pour comprendre pourquoi l’IA détruit les institutions, autant se rafraichir la mémoire précisément en se rappelant le rôle central et structurant que ces institutions ont dans nos sociétés. et ce que les machines ne peuvent pas reproduire. Et pour le dire rapidement, ces institutions – tant décriées en ce moment par nombre de néolibéraux, produisent de la légitimité, transmettent du savoir, permettent la contestation. Elles sont le tissu conjonctif de la vie démocratique qui l’anime et le maintien en vie.

Quand l’efficacité devient poison : les trois affordances destructrices

Dans leur papier, Hartzog et Silbey mobilisent notamment le concept d’« affordances », emprunté au monde du design et de l’ingénérie, pour désigner les propriétés structurelles d’un système qui orientent son usage, souvent à l’insu de ses utilisateurs. Ces affordances exercent trois effets corrosifs, comme une forme de poison que n’aurait pas renié Bernard Stiegler.

Premier effet, l’atrophie de l’expertise. En déléguant à une machine des tâches qui exigent du jugement, on se prive du processus même par lequel ces compétences se construisent. Une étude présentée à CHI 2025 2 documente la réduction de l’engagement cognitif chez les travailleurs du savoir utilisant des IA génératives. Les fameuses « hallucinations » qui ont fait beaucoup parler d’elles ne sont pas des bugs, OpenAI reconnaît d’ailleurs qu’elles sont mathématiquement inévitables, mais des erreurs fondamentalement coûteuses. Quand l’IA se trompe, les institutions paient le coût de la correction et quand elle « réussit », elles s’appauvrissent en expertise.

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Deuxième effet identifié, le court-circuit décisionnel. L’IA automatise des choix fondamentalement moraux, aplatit les hiérarchies institutionnelles et rend invisibles les règles qui donnent leur sens aux institutions. Elle est par ailleurs incapable de prendre des risques intellectuels ni de faire montre d’une forme de désobéissance créatrice.

Enfin, troisième effet pernicieux, l’isolement. En substituant des interfaces algorithmiques flatteuses et passablement obséquieuses aux échanges humains, l’IA érode les liens interpersonnels. Et pourtant c’est bien cette friction qui est la condition même de l’adaptabilité institutionnelle.  Frontiers in Psychology 3 documente que la dépendance aux chatbots affecte durablement les capacités de socialisation.

DOGE, la FDA, les tribunaux : la démonstration par les faits

Le « couloir de la mort » des institutions n’est pas une métaphore prospective. Les exemples documentés s’accumulent.

Le plus emblématique reste DOGE, le fameux « Department of Government Efficiency » mis en place par Elon Musk. L’entité a utilisé l’IA pour surveiller les fonctionnaires fédéraux, cibler des populations immigrées et fusionner des bases de données intentionnellement séparées pour protéger les droits civiques. Selon Reuters,, ce déploiement s’est opéré sans cadre légal clair, l’expertise humaine y a été marginalisée et les rôles institutionnels de résistance, supprimés.

À la FDA, c’est le système d’IA « Elsa » qui a posé problème. Selon des témoignages de fonctionnaires relayés par Engadget en juillet 2025 4, il a halluciné des références à des études scientifiques qui – bien entendu – n’ont jamais existé. Dans les tribunaux, les algorithmes comme COMPAS promettent neutralité tout en reproduisant des biais raciaux documentés dès 2016 par ProPublica 5. Ces cas ne sont pas des accidents : ils manifestent, de façon prévisible, les affordances structurelles de l’IA appliquée à des décisions qui requièrent jugement humain, hiérarchie institutionnelle et possibilité de contestation.

Capital social en péril : ce que l’IA finit par emporter

Derrière la destruction des institutions concrètes se profile une perte plus diffuse : celle du capital social. Robert Putnam, dans Bowling Alone 6, avait montré comment le désengagement civique érode les réseaux de réciprocité nécessaires à toute vie collective. Sa thèse centrale : la confiance généralisée « je fais cela pour toi sans attendre de contrepartie immédiate » est le lubrifiant de la démocratie.

Or l’IA accélère brutalement ce déclin. Elle ne peut pas « payer en retour ». Elle déplace les occasions de connexion humaine vers des interfaces individualisées et réduit la tolérance à la friction sociale cet inconfort productif qui est la condition de l’apprentissage mutuel. Meta, OpenAI et d’autres investissent massivement dans des agents conversationnels émotionnels, repositionnés comme réponse à l’« épidémie de solitude » 7 8. Plus ces agents se substituent aux interactions du quotidien, moins les individus exercent les compétences civiques que requiert la démocratie.

Ce que Hartzog et Silbey laissent entrevoir en creux, c’est le scénario d’une oligarchie technologique progressivement substituée à la représentation démocratique. C’est une forme de glissement que la juriste Julie Cohen documente par ailleurs dans ses travaux sur la concentration des pouvoirs numériques 9. Ce n’est pas la première fois que cve type d’alarme est sonnée, mais si la thèse de Woodrow Hartzog et Jessica Silbey est juste, la question qui s’impose n’est plus « comment réguler l’IA ? » mais davantage que reste-t-il à réguler quand les institutions chargées de le faire ont déjà été vidées de l’intérieur ?

  1. How AI Destroys Institutions, Scholarly Commons at Boston University School of Law, 2026 ↩︎
  2. Conference of Human-Computer Interaction https://chi2025.acm.org/ ↩︎
  3. Impact of media dependence: how emotional interactions between users and chat robots affect human socialization?, Frontiers in Psychology, 2024 ↩︎
  4. FDA employees say the agency’s Elsa generative AI hallucinates entire studies, Engadget, 2025
    ↩︎
  5. Machine Bias, ProPublica, 2016 ↩︎
  6. Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community, Robert D. Putnam, 2000 ↩︎
  7. APA poll reveals a nation suffering from stress of societal division, loneliness, APA, 2025 ↩︎
  8. EU Loneliness Survey, European Commission, 2023 ↩︎
  9. What does a tech oligarchy look like?, Julie Cohen, 2025 ↩︎

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