Thomas Parisot https://thom4.net/ https://www.gravatar.com/avatar/5170857b08fd6adbc08669359bef875d Thomas Parisot https://thom4.net/ Tue, 12 Aug 2025 19:07:48 GMT http://hexo.io/ ☕️ Journal : L'amour lavande https://thom4.net/2025/08/12/amour-lavande/ https://thom4.net/2025/08/12/amour-lavande/ Tue, 12 Aug 2025 19:07:48 GMT <p>Le violet était la couleur préférée d’une amoureuse. Des années après, une réalisation : ce n’était pas de l’amour mais l’envie, le besoi Le violet était la couleur préférée d’une amoureuse. Des années après, une réalisation : ce n’était pas de l’amour mais l’envie, le besoin d’être aimé.


Recette des pâtes préférées de ses enfants :

  1. Tremper des spirales trois couleurs dans de l’eau bouillante.
  2. Attendre huit minutes.
  3. Les égoutter.
  4. Remettre les pâtes dans la casserole avec de la crème fraîche, de l’emmental (plus il y en a, plus ils aiment) et quelques pincée d’estragon.
  5. Touiller jusqu’à ce que le mélange soit fondu de manière homogène
  6. Mais pas trop fort et pas trop longtemps, sinon ça accroche le fond de la casserole.

Elle est accoudée religieusement le samedi matin à la table de la cuisine pour écrire la liste de courses :

  • Des tomates, des œufs.
  • Des pommes de terre, de l’ail.
  • Du fromage, du pain.
  • Des saucisses du charcutier près de la Poste.
  • Quelques nems avec de la sauce, mais pas celle qui pique.

  • Tu n’as pas pris les pommes de terre ?
  • Ah non, j’ai oublié.
  • Mais pourtant, je t’en mets sur la liste chaque semaine !

L’apprentissage de la préparation de la ratatouille par son fils aîné fut tardif, vers ses trente ans. C’est pourtant surprenant de facilité. C’est long de cuire les courgettes, oignons, aubergines
et d’ébouillanter les tomates pour les peler — la peau crée de l’amertume. Mais c’est tellement bon que ça se mange beaucoup plus vite que ça ne se prépare, alors que c’est encore meilleur une fois réchauffé.


Une fois le moteur éteint, appuyer sur le bouton de la climatisation.
Sinon ça vide la batterie et ça, elle en est sûre.


Ils quittent Toulouse, la ville rose, celle des bonbons à la violette, pour aller à la rouge Bordeaux. C’est leur première maison.

La vie ne sera plus jamais aussi insouciante.


La couleur de la moquette des chambres d’enfants sera bleue et verte. Ils choisiront. Ailleurs, ça sera marron. Au mur, du papier peint légèrement texturé. C’est bien, comme ça.


Dès que les roses du jardin sont en fleurs, un bouquet en décore la table de la cuisine. Son fils en a d’ailleurs offert un à sa maîtresse d’école. C’est bien d’être bien vu.


Elle n’aime pas son voisin. Il la regarde bizarrement.


Elle a entendu comme un clic au téléphone. Elle croit qu’elle est sur écoute.
Ça l’a déjà fait deux fois cette semaine.


Très tôt, sur les photos, on peut constater la disparition des sourires et l’éloignement des corps. Ces quelques centimètres deviendront des centaines de kilomètres et de nombreux reproches.


Dans les tiroirs,
dans les fonds de placard,
toujours toujours
des sachets de lavande
pour que les vêtements,
toujours repassés,
jamais ne soient mités
toujours impeccables.

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Journal Écriture https://thom4.net/2025/08/12/amour-lavande/#disqus_thread
☕️ Journal : Prise de position sur la loi Duplomb https://thom4.net/2025/06/29/loi-duplomb/ https://thom4.net/2025/06/29/loi-duplomb/ Sun, 29 Jun 2025 10:52:42 GMT <p>Ceci est un courrier envoyé à un des sénateurs de la Drôme, <a href="https://www.senat.fr/senateur/buis_bernard19782l.html">Bernard Buis< Ceci est un courrier envoyé à un des sénateurs de la Drôme, Bernard Buis. Il fait partie de la commission mixte paritaire qui discute de la loi Duplomb à partir du lundi 30 juin 2025 — aka la proposition de loi à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur.

Bonjour monsieur le Sénateur Buis,Par le biais d'un rassemblement aujourd'hui à Die, j'ai appris que vous nous représentiez au Sénat au sein de cette commission mixte paritaire.Tout d'abord, je tenais à vous remercier pour [votre prise de position sur une amélioration de la définition pénale du viol et des agressions sexuelles](https://videos.senat.fr/video.5490857_68530f1cbc25d.seance-publique-du-18-juin-2025-soir?timecode=1886000). J'espère que ça participera à protéger les victimes et à affaiblir l'impunité à agresser. Ça serait une avancée sociétale. \Merci pour ça.Il me semble comprendre que la loi Duplomb va à rebours de cette avancée sociétale :- la majorité des agriculteur·ices ne vivra pas mieux — 1 ou 2% des agriculteur·ices, bénéficiaires des bassines tout au plus ;- ce 1 ou 2% vivra mieux sur un modèle qui endette le climat dans les 30 prochaines années (inertie climatique) : en produisant de l'alimentation animale exportée ou en produisant du carburant (qui servira à importer de la nourriture produite ailleurs) ;- la santé des insectes (et donc des populations d'oiseaux) sera négativement impactée par l'introduction de néonicotinoïdes ; ça aidera l'industrie du sucre de betterave mais son coût énergétique étant lui-même questionnable… c'est la double peine ;- faciliter l'implantation d'élevages de grande taille sans questionnement va à contre-courant des adaptations agricoles dont on a besoin pour mieux manger (l'intensif crée des produits peu chers mais peu qualitatifs) / mieux rémunérer les éleveurs (l'investissement supérieur ne se traduit pas en salaire supérieur pour l'éleveur) / moins combustionner notre alimentation (les productions ne visent pas les débouchés locaux, donc recours aux transports fossiles).La "levée des contraintes" réclamée par le rédacteur de cette loi est une idéologie réactionnaire qui se fiche des répercutions sur la santé publique, sur la santé animale ou la santé environnementale. Cet appel à la levée des contraintes *est* surtout une aubaine économique sans regard pour ses conséquences. Ce déni est bien plus facile à vivre que les vivant·es concernées par les impacts.Je compte sur vous pour protéger notre santé et ouvrir la voie à une (agri)culture qui respecte la vie, nos vies, la votre comme la mienne et celles des gens qu'on aime,Merci d'avoir pris le temps de considérer ces quelques mots,Bon début de semaine,Thomas

Et peut-être, interpeler votre sénateur‧ice :

Ou votre député‧e :


Les sénateur‧ices sont élu‧es par les député‧es et élu‧es municipaux. S’impliquer dans les municipales (en étant sur la liste ou en soutien moral / tractage / faire à manger) c’est participer aux choix du Sénat.

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Journal Société https://thom4.net/2025/06/29/loi-duplomb/#disqus_thread
☕️ Journal : Miso anniversaire https://thom4.net/2025/03/20/miso-anniversaire/ https://thom4.net/2025/03/20/miso-anniversaire/ Thu, 20 Mar 2025 10:26:08 GMT <p>C’est la troisième itération de ma fabrication annuelle de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Miso">miso</a>.</p> <p><img src="/image C’est la troisième itération de ma fabrication annuelle de miso.

Koji de friz frais dans un seau en plastique alimentaire

Ce qui a été changé cette année :

  • du koji de riz frais, produit à 5 kilomètres par Nicolas ;
  • le mélange riz/légumineuse/sel est passé au moulin à légumes manuel ;
  • j’ai laissé tombé les lentilles ;
  • par contre j’ai testé avec 400 grammes de graines de courge torréfiées.

Moulin à légumes rempli d'un mélange de riz, de sel et de pois chiche

Je suis très content du résultat — quasiment 9 kilos —, tant par la texture que l’homogénéité du mélange. L’amélioration continue par petite touche annuelle me fait marrer. La quantité produite permet d’en faire cadeau et de faire découvrir ce condiment à l’entourage.

Seaux et jarres en verre remplis de miso de pois chiche, de soja et de graines de courge

L’an prochain, je tenterai avec du koji d’orge et du soja produit à Bourdeaux. Ça fera un miso réalisé avec des produits cultivés à 20 kilomètres à la ronde.

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Journal Cuisine https://thom4.net/2025/03/20/miso-anniversaire/#disqus_thread
☕️ Journal : Serre https://thom4.net/2025/03/03/serre/ https://thom4.net/2025/03/03/serre/ Mon, 03 Mar 2025 08:09:54 GMT <p>J’aime bien marcher. Je voyais souvent le mot <em>serre</em> sur les cartes de randonnées de la Drôme. Et pourtant, je pensais passer à c J’aime bien marcher. Je voyais souvent le mot serre sur les cartes de randonnées de la Drôme. Et pourtant, je pensais passer à côté et je m’étonnais de ne pas en voir.

Ce n’est que plusieurs mois (années ?) après que j’ai réalisé qu’il s’agissait en fait d’une structure géologique.

La région en regorge — les replis de la formation de la chaîne des Alpes.

Col des deux serres, près de Eurre dans la Drôme

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Journal https://thom4.net/2025/03/03/serre/#disqus_thread
☕️ Journal : Demande de rappatriement des droits de retraite à l'étranger https://thom4.net/2025/02/20/cotisations-retraite-brexit/ https://thom4.net/2025/02/20/cotisations-retraite-brexit/ Thu, 20 Feb 2025 21:31:25 GMT <p>Y’a <a href="/2016/bbc/">trois années de cotisations sociales qui se baladent quelque part dans le système anglais</a>.</p> <p>J’ai :</p> Y’a trois années de cotisations sociales qui se baladent quelque part dans le système anglais.

J’ai :

  1. envoyé un message sur le site Agirc-Arrco (parce que assuranceretraite.fr était en maintenance au milieu de la nuit) ;

Nous vous invitons à contacter la Cnav (régime de base de Sécurité sociale) au 3960 du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h.

  1. appelé la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse qui me dit que :
    • il faut envoyer des éléments par courrier à la CARSAT Aquitaine
    • parce que c’est là où j’ai travaillé pour la première fois donc c’est elle qui gère effectivement ma retraite, peu importe si j’ai déménagé loin
    • ces éléments sont :
      • bulletins de salaire britanniques
      • contrat de travail
      • numéro de sécurité sociale

Ce à quoi j’ai ajouté les relevés des caisses de retraite complémentaires (private pension), les relevés des cotisations (state pension, formulaires P45 et P60) et ma déclaration de départ du Royaume-Uni (formulaire P85).


J’ai commencé à travailler à 21 ans (ce qui n’est pas tard du tout) et ce seul “trou” de cotisation fait que je n’atteindrai mon taux plein de retraite qu’à 67 ans — trois années après l’âge légal de départ à la retraite.

L’outil consulter ma carrière m’a été très parlant pour me projeter dans le futur.

Est-ce que mes yeux tiendront jusque là ?

Combien de fois aurais-je changé de métier d’ici là ?

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Journal https://thom4.net/2025/02/20/cotisations-retraite-brexit/#disqus_thread
☕️ Journal : Démission https://thom4.net/2025/02/02/demission/ https://thom4.net/2025/02/02/demission/ Sun, 02 Feb 2025 14:20:33 GMT <p>J’ai démissionné du conseil d’administration de ma coopérative en décembre. Ça faisait un peu plus de deux ans que j’en faisais partie, e J’ai démissionné du conseil d’administration de ma coopérative en décembre. Ça faisait un peu plus de deux ans que j’en faisais partie, et il restait encore un semestre dans le mandat.

J’ai beaucoup à partager sur cette expérience. Je ne sais pas encore comment organiser ma pensée. D’abord poser par écrit, organiquement. À partager avec quelques proches.

Un point douloureux c’est comment rester dans un outil de travail avec lequel je suis en désaccord ? Est-ce que ce désaccord nécessite un départ, ou c’est aussi un apprentissage à vivre avec cette dissonance ?

Pour l’instant, je me sens contraint par cet outil, plutôt seul. Il y a davantage de répondant dans d’autres coopératives.

À décanter dans les mois à venir.

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Journal Exploration Coopératives https://thom4.net/2025/02/02/demission/#disqus_thread
☕️ Journal : Premiers Secours en Santé Mentale https://thom4.net/2025/01/28/pssm/ https://thom4.net/2025/01/28/pssm/ Tue, 28 Jan 2025 07:09:32 GMT <p>Je ressentais un manque de mots, d’assurance de posture et des limites à l’empirisme pour savoir comment détecter / aborder / être en sou Je ressentais un manque de mots, d’assurance de posture et des limites à l’empirisme pour savoir comment détecter / aborder / être en soutien psychologique. C’était difficile dans des situations de défiance, où un groupe faisait bloc dans la reconnaissance d’un trouble psychologique.

L’organisme de formation de ma coopérative a accepté de financer 3 jours de formation au secourisme en santé mentale. Nous étions seize à apprendre à détecter différentes familles de troubles psychiques et à gagner en légitimité d’action.

J’ai apprécié la provenance scientifique des contenus, auto-organisé par la communauté internationale en santé mentale. C’est très peu poussé en France par les institutions gouvernementales (la formation n’est d’ailleurs pas finançable via le Compte Formation).

Le manuel de formation est très bien organisé, structuré et documenté. C’est une ressource utile à lire et relire selon les situations rencontrées.

Les trois signes d’un trouble psychique :

  1. changements majeurs de la pensée / des émotions / du comportement ;
  2. le quotidien est altéré ;
  3. ça perdure dans le temps (au-delà de deux semaines).

La différence entre une “manie” et un trouble anxieux ? Une manie est une manière de faire qui relève de la préférence et ne génère pas d’inquiétude, ne remplit pas la tête d’une personne si ça n’est pas fait “comme il faut” et n’altère pas son quotidien pour que ça se produise exactement de cette manière.

La formule descendante crée de la lourdeur dans l’apprentissage. Je comprends que c’est fait ainsi pour garantir l’accès aux contenus partout sur le territoire. Mais comme il n’y a rien qui garantit la qualité de l’apprentissage (c’est très facile de faire semblant de suivre/comprendre), je pense aussi que c’est une fausse sécurité.

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Journal https://thom4.net/2025/01/28/pssm/#disqus_thread
☕️ Journal : Bruits https://thom4.net/2024/11/29/bruits/ https://thom4.net/2024/11/29/bruits/ Fri, 29 Nov 2024 10:53:30 GMT <p>On n’est pas <a href="/2022/08/23/bruits/">sensible aux mêmes niveaux de bruits</a>.</p> <p>Des fois c’est un aigu, des fois un grave.<br On n’est pas sensible aux mêmes niveaux de bruits.

Des fois c’est un aigu, des fois un grave.
Des fois c’est un timbre de voix.
Des fois c’est un tintement de cuillère contre l’émail d’une dent.
Des fois c’est cette soufflerie, dissimulée dans le brouhaha ambiant.
Des fois c’est même pas le volume élevé du son au ciné.

Des fois c’est le timbre de voix d’une personne aimée
mais c’est comme ça.

Des fois c’est celui d’un‧e collègue
mais c’est comme ça.

Des fois c’est celui du patron
mais il est comme ça, tu comprends ? (non).

Des fois c’est celui d’une star médiatique
mais c’est comme ça (pauvre chouchou l’enfance tout ça).

Des fois c’est celui du changement de doigt au bout du déclencheur nucléaire
mais c’est comme ça (imagine ça pourrait être pire mais c’était mieux avant).

C’est sûr, on n’entend pas les mêmes bruits.

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Journal Exploration Émotions https://thom4.net/2024/11/29/bruits/#disqus_thread
☕️ Journal : Cordon ombilical https://thom4.net/2024/11/20/cordon-ombilical/ https://thom4.net/2024/11/20/cordon-ombilical/ Wed, 20 Nov 2024 16:43:02 GMT <p>Je suis fasciné par la biologie des embryons et du corps humain. On ne fait pas que <em>grandir</em>, on se transforme tout au long de no Je suis fasciné par la biologie des embryons et du corps humain. On ne fait pas que grandir, on se transforme tout au long de notre vie.

À commencer par la naissance, ce moment de bascule où le corps bascule d’une respiration aquatique vers une respiration aérienne.

Une même veine peut comporter à la fois du sang oxygéné et du sang carboné 🤯 la taille des veines et la densité du liquide font qu’ils ne se mélangent pas.

Le cœur comporte un raccourci pour éviter de passer par les poumons — raccourci qui se referme après l’accouchement, avec la pression du rythme cardiaque.

Les canaux artériels, les canaux veineux et les veines ombilicales se résorbent, se bouchent ou finissent par ceinturer un autre organe… le foie.

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Journal Exploration Biologie https://thom4.net/2024/11/20/cordon-ombilical/#disqus_thread
☕️ Journal : Dé-ploiement continu https://thom4.net/2024/11/10/deploiement-continu/ https://thom4.net/2024/11/10/deploiement-continu/ Sun, 10 Nov 2024 17:06:04 GMT <p>Je désactive progressivement l’intégration continue du déploiement de mes sites statiques pour :</p> <ul> <li>des questions de frugalité Je désactive progressivement l’intégration continue du déploiement de mes sites statiques pour :

  • des questions de frugalité numérique (ne pas démarrer une VM pour ajouter une nouvelle page HTML et en actualiser deux autres) ;
  • me baser sur une machine qui a déjà tous les contenus, déjà tout le code installé (celle où j’écris) ;
  • bénéficier d’une connexion Internet déjà performante.

C’est un peu comme acheter avec peu d’emballages, plutôt que d’acheter du tout-prêt à empoter pour chaque repas.

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Journal https://thom4.net/2024/11/10/deploiement-continu/#disqus_thread
☕️ Journal : Arrêter l'alcool https://thom4.net/2024/11/08/sans-alcool/ https://thom4.net/2024/11/08/sans-alcool/ Fri, 08 Nov 2024 10:05:28 GMT <p>Ma dernière goutte d’alcool de l’année 2024 — et pour 2025 aussi — date du 2 novembre.</p> <p>Un bivouac au sommet des montagnes. Une fon Ma dernière goutte d’alcool de l’année 2024 — et pour 2025 aussi — date du 2 novembre.

Un bivouac au sommet des montagnes. Une fondue pour clôturer cette période et célébrer un nouveau cycle.

Ça faisait longtemps que j’avais envie d’essayer ; j’aime beaucoup les sensations de mon corps quand il n’a pas injecté durablement de l’alcool. Une légèreté qui s’installe, de l’énergie en plus.

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Journal Exploration Santé https://thom4.net/2024/11/08/sans-alcool/#disqus_thread
☕️ Journal : Premier parloir https://thom4.net/2024/10/29/premier-parloir/ https://thom4.net/2024/10/29/premier-parloir/ Tue, 29 Oct 2024 21:04:34 GMT <p>La gare de Marseille Saint-Charles et son parvis lumineux. Je reconnecte à cette première rencontre il y a quelques années.<br> Cette foi La gare de Marseille Saint-Charles et son parvis lumineux. Je reconnecte à cette première rencontre il y a quelques années.
Cette fois, c’est le point de départ pour atteindre le centre pénitentière des Baumettes.

Ça veut dire emprunter la ligne de métro 2 puis le bus 22. Fréquence de passage : toutes les 30 minutes. Ou alors le 22S, qui bifurque vers la fin pour esquiver les abords de la prison.

La densité de la ville s’égraine au fil des arrêts. Le mont de Luminy se dévoile. Le rectiligne mur de la prison et sa guérite se voient à distance dans la longue ligne droite du chemin de Morgiou.

Il y a encore des trottoirs là où le bus nous dépose — ce n’est pas encore le bout de la ville. Les collines dominent la vue ; la fin n’est pas loin.

On est deux à descendre. On se suit. Je suis le mur, l’entrée ne doit pas être très loin. Tout surprend : les indications sur les panneaux, le nombre de caméras de vidéosurveillance, l’identité des personnes sur ce même trottoir : passent-iels dans le coin ? Viennent-iels rendre visite ?

La guérite d’entrée est flanquée entre deux portes blindées. L’une est pour le personnel. L’autre pour les visites. S’il pleuvait, il faudrait attendre sous les trombes : pas d’abri.
Les vitres teintées de la guérite et l’absence d’indications terminent de poser le décors : t’es venu‧e, tu te débrouilles.

C’est ton premier parloir ?

Les autres personnes semblent bien organisées. De grands sacs étiquetés de manière lisible. On y devine vêtements et draps.

Une porte s’ouvre : une agente annonce les « familles » autorisées à rentrer. Des noms des personnes détenues.

En file, on présente nos papiers d’identité pour vérifier qu’elle correspond avec le permis. Une fiche bristol rejoint l’enveloppe à mon nom : toute visite fera l’objet d’une trace physique. Il n’y a aucune informatique alentours, juste une salle dépouillée et bardés de casiers. On y laissera nos affaires pour ne garder que nos vêtements, vidés de leurs effets.

Il fallait apporter son propre cadenas pour fermer les casiers. Je demande de l’aide à une autre visiteuse. De toutes façons, tout le monde entre en même temps, tout le monde ressortira en même temps.

Passé le scanner de détection de métaux et la porte rotative, on attend que la prochaine porte s’ouvre. Les agentes n’ont aucune autonomie : l’ouverture se fait forcément avec la validation d’une personne située de l’autre côté.

On est désormais entre le bâtiment d’accueil et l’aile du bâtiment recevant les visites. Filins et barbelés décorent les murs hissés droits. Le ciel ne flanche pas, il reste bleu et chaleureux.

Une nouvelle porte s’ouvre. Une nouvelle salle d’attente. Ça ressemble à une salle d’embarquement. Vide. Juste des sièges fixés au sol. Aucun objet. Aucune décoration. Aucune ouverture qui ne soit pas barrée de métal. Un comptoir permet de passer les sacs d’affaires pour une énième vérification.

Rien que d’être présent à cette endroit me fait me sentir coupable de quelque chose. Rien n’est fait pour accueillir. Pour rendre la vie facile. Aucune guidance. Aucune parole. Rien.

On est désormais appelé‧es, deux par deux. Direction les parloirs : des pièces étroites contenant une table, deux chaises et deux portes. Une pour les visiteur‧ices. Une pour les détenu‧es.

C’est marrant de se voir pour une première fois. D’avoir correspondu toute une année sans la moindre idée de nos tronches. Ça me rappelle l’époque des correspondances Caramail où nos trombines n’étaient même pas forcément visibles — faute d’appareil photo numérique. Les webcams étaient encore rares, la faute à des débits de connexion encore bien réduits.

On parle des correspondances, des choses qui sont plus faciles à dire qu’à écrire — dans ces paroles, la censure n’empêchera pas les mots d’être prononcés, de la situation dans la prison : la cantine d’Hyère est en arrêt. La nourriture viendra de Rungis. Les guardien‧nes sont en sous-effectifs ; heureusement que l’aile pour femme est à part, les mecs affamés rodent. Des combines pour cuisiner des gâteaux avec une plaque à induction ; seul luxe pour agrémenter les repas fades. De la difficulté à être soigné. De la bouffée d’oxygène que sont les tables d’écriture : des mots de l’extérieur, ça aide à garder une partie de sa tête. La folie guette.

Ça sert à quoi la prison déjà ?

Je n’ai aucune idée du temps qui passe. Sans montre, sans téléphone, sans horloge, ça sera forcément lorsque le gardien viendra toquer à la porte qu’on saura que l’heure est venue.

Une autre salle d’attente fera office de sas entre l’extérieur et le hall d’accueil, désormais hall de sortie.

L’odeur de la rue est à nouveau là.
Il me faudra bien le temps du trajet retour pour intégrer ce qui vient de se passer.

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Journal Exploration Prisons https://thom4.net/2024/10/29/premier-parloir/#disqus_thread
☕️ Journal : Alter histoire https://thom4.net/2024/10/17/alter-histoire/ https://thom4.net/2024/10/17/alter-histoire/ Thu, 17 Oct 2024 18:00:06 GMT <p>Je découvre au hasard d’une conversation avec K, la notion d’<em>alter histoire</em>. Ces histoires qui commencent par <q>Et si… ?</q>. A Je découvre au hasard d’une conversation avec K, la notion d’alter histoire. Ces histoires qui commencent par Et si… ?. Avec une base scientifique.

Ça se lit ou ça s’écoute.

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Journal https://thom4.net/2024/10/17/alter-histoire/#disqus_thread
☕️ Journal : Rendez-vous pour un premier parloir https://thom4.net/2024/09/30/premier-parloir/ https://thom4.net/2024/09/30/premier-parloir/ Mon, 30 Sep 2024 19:03:17 GMT <p>La lettre de motivation a porté ses fruits : j’ai reçu mon identifiant de <a href="/2024/03/08/permis-de-visite/">permis de visite</a> pa La lettre de motivation a porté ses fruits : j’ai reçu mon identifiant de permis de visite par courrier postal.

À partir de maintenant, les démarches administratives se font en ligne — cet élément sera constamment rappelé par le guichet du centre pénitentiaire.

L’identification s’effectue avec France Connect, et il faut saisir les informations reçues par voie postale. Elles ne passent pas du premier coup : entre captcha illisible et nom de famille de la personne détenue contenant une typographie. J’ai dû deviner qu’il avait été saisi sans espace dans le nom de famille — par exemple il fallait écrire « leguen » au lieu de « le guen ».

Le calendrier des prises de rendez-vous parloir me propose des créneaux de 50 minutes, avec une vision à deux semaines maximum.

Je tente d’en prendre deux à l’avance. Le premier rendez-vous se passe en quelques clics, mais une erreur persistante m’empêche d’en prendre un deuxième. C’est complet il parait. Pourtant des créneaux sont proposés. Va savoir.

Une simple confirmation par email indique de me présenter 30 minutes à l’avance.

Il arrive exceptionnellement que des rendez-vous parloir soient annulés ou modifiés. Nous vous invitons donc à vérifier la veille de votre rendez-vous dans votre espace personnel (…).

Allez hop, on verra bien ce que ça donne.

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Journal Exploration Prisons https://thom4.net/2024/09/30/premier-parloir/#disqus_thread
☕️ Journal : Paris Web 2024 https://thom4.net/2024/09/29/paris-web-2024/ https://thom4.net/2024/09/29/paris-web-2024/ Sun, 29 Sep 2024 10:26:09 GMT <p>La <a href="https://www.paris-web.fr/2024/">dix-neuvième édition de Paris-Web</a> est terminée. J’en repars nourri (ça fait du bien), con La dix-neuvième édition de Paris-Web est terminée. J’en repars nourri (ça fait du bien), content de revoir les copain·es (c’est précieux) et fatigué des interactions sociales (c’est plus facile maintenant que je le prends en compte).

C’était plaisant de voir une équipe organisatrice détendue et fière du travail accompli. La formule mono-programme est confortable, qualitative et libère de la charge cognitive de savoir dans quelle salle aller à la fin de la présentation.

§Ce qui m’a marqué

Ce n’est pas exhaustif.
Il y’a bien des choses chouettes qui ont été dites et qui ne me sont pas encore revenues en tête.

§Mots à maux - comment le langage reflète et entretient les parties les plus toxiques de notre industrie

De nombreuses références à Foucault sur le langage. Dont sa fascisation en employant des termes qui sont à l’inverse de leur impact réel. Comme parler de cloud alors que l’infrastructure est physique/sous-marine, du “mode avion” alors qu’il s’agit d’un mode déconnexion, etc.

J’en connais un qui causerait d’économie sociale et suicidaire pour qualifier l’économie fondée sur l’extractivisme / épuisement des ressources.

§Il n’y a pas que les Single Page Apps dans la vie

Ça m’a donné envie de revenir à des mécanismes plus hybrides, avec d’abord du rendu serveur et de la réconciliation client pour les parties interactives.

§Du calendrier lunaire aux notifications du smartphone : la notion du temps

Trois points :

  • comment on est passé d’une pensée cyclique (saisons, années) à une pensée linéaire
  • comment le temps présent en est venu à écraser le passé et le futur
  • comment les notifications s’engouffrent dans le temps présent pour absorber le maximum de disponibilité de nos capacités cognitives

§Accessibilité : l’IA pour faire pousser mes tomates inclusives

J’ai aimé les propos nuancés sur les outils de surcouches, à quoi ils peuvent servir et dans quels contextes. Il y en a, mais pas ceux pour lesquels ils se vendent.

§Penser l’accessibilité numérique avec les handicaps cognitifs

C’était brillant, et elle mériterait un deuxième visionnage tellement la présentation était riche en terme de structure et d’informations sur les différents handicaps, temporaires ou permanents, pathologiques ou expérientiels.

§Be a Dolphin not a Shark: Using cooperation over conflict to advance digital accessibility

J’ai aimé la manière de co-construire les réponses légales au manque d’accessibilité en collaborant avec les organisations à qui on demandait des améliorations. D’attentisme à activisme.

§Quel design pour un numérique écologiquement contraint ?

Plein de réflexions et pistes très intéressantes ; coïncidamment j’ai transféré les premiers octets de mes sites web sur l’infrastructure de Deux Fleurs pendant sa présentation.

§Double authentification : de quoi parle-t-on ?

Que des métaphores claires et compréhensibles pour comprendre les mécanismes de double authentification. Avec beaucoup d’humour décapant.

§Gérer des équipes neurodiverses : le manuel manquant

L’exercice m’a rappelé la rédaction de mon manuel d’utilisateur. Et m’a mis sur la piste de proposer cet exercice en collectif, pour mieux se connaitre et appréhender nos mécaniques de fonctionnement.

§Easy Checks pour vérifier l’accessibilité

J’ai aimé l’approche minimaliste, pas à pas et collective : pas besoin d’être expert·e pour vérifier à plusieurs et déterminer les correctifs.

Ça m’aura appris à exprimer les media queries en rem plutôt qu’en pixels, entre autre.

§Ce à quoi j’aimerais participer une prochaine fois (ici ou ailleurs)

§Immersion dans les Situations de Handicap : Participez à un Panorama Interactif

Prises de conscience en expérimentant des situations avec un sens en moins ou altéré. De quoi gagner en empathie et motivation pour prendre en compte ces situations dans les aventures actuelles et futures.

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Journal Webdev https://thom4.net/2024/09/29/paris-web-2024/#disqus_thread
☕️ Journal : Accessibilité https://thom4.net/2024/06/25/accessibilite/ https://thom4.net/2024/06/25/accessibilite/ Tue, 25 Jun 2024 07:54:19 GMT <p>Je clôture un projet en passant en revue une auto-évaluation d’accessibilité numérique. Pour chaque non-conformité, je mets en place les Je clôture un projet en passant en revue une auto-évaluation d’accessibilité numérique. Pour chaque non-conformité, je mets en place les ajustements techniques qui y répondent au mieux.

Vue partielle d’une grille d’évaluation du Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA)

J’aime bien faire en sorte que ces changements paraissent aussi naturels que les autres éléments de balisage.

Les tableaux du service Web en questions n’avaient pas de titre pertinent et pas de résumé. Je connaissais la balise <caption>… est-ce que <summary> fonctionne aussi ?

Non, mais ce résumé s’externalise en ayant recours à l’attribut aria-describedby. Ce bout de documentation de l’équipe Accessibilité Numérique Orange l’illustre très bien.

Ah, le code source de la page est ouvert.
Ah, je connais quelques auteur‧ices de cette page.

Je retrouve ce pétillant qui m’a fait aimer et apprendre le développement web : rendre accessible/disponible des savoirs d’expérimentation/amélioration de nos pratiques de travail.

Une brique philosophico-technique d’une vie généreuse.

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Journal web https://thom4.net/2024/06/25/accessibilite/#disqus_thread
☕️ Journal : Dénivelé https://thom4.net/2024/06/11/denivele/ https://thom4.net/2024/06/11/denivele/ Tue, 11 Jun 2024 09:12:39 GMT <p>J’ai appris à faire du vélo, pour le loisir.</p> <p>En 2014, j’ai appris à faire du vélo dans un cadre urbain. Je m’achète mon premier vé J’ai appris à faire du vélo, pour le loisir.

En 2014, j’ai appris à faire du vélo dans un cadre urbain. Je m’achète mon premier vélo. J’adore les sensations et le complément par rapport à la marche à pied et aux transports en commun. Je peine dans les montées, je me fatigue vite.

En 2022, je m’achète un vélo d’occasion. Je retrouve du plaisir à rouler car la cassette de vitesses est plus adaptée à mon environnement rural.

Je crains / refuse les propositions de vélo sur des trajets que je ne connais pas, à cause de ma peur du dénivelé, de l’épuisement qu’il générerait.

Puis M. a lancé : on se fait une balade à vélo cette fin de semaine ?

La balade commence face à un mont jurassien. 600 mètres à grimper. J’aurais dû avoir peur. Et lentement — plateau 2, vitesse 1 — mètre après mètre, le temps s’étire de plus en plus doucement. Il ne compte plus.

Et on arrive sur du plat, la route descend à nouveau.
Pas d’épuisement, beaucoup de satisfaction.

J’ai appris à rouler lentement.
J’ai trouvé un rythme soutenable.

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Journal Exploration Vélo https://thom4.net/2024/06/11/denivele/#disqus_thread
☕️ Journal : Ces prémises sont terre à l'amende https://thom4.net/2024/06/06/patois-guernesien/ https://thom4.net/2024/06/06/patois-guernesien/ Thu, 06 Jun 2024 10:15:28 GMT <p>Des panneaux reviennent régulièrement sur les espaces de stationnement de l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guernesey">île de Guer Des panneaux reviennent régulièrement sur les espaces de stationnement de l’île de Guernesey : ces premises sont à l’amende, ainsi que d’autres variantes dont ces prémisses sont terres à l’amende.

Panneau bilingue guernésien/anglais

Des discussions avec des habitant‧es de l’île et la lecture du livre le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates par ma compagnonne de voyage sont venues éclairer ce qui ressemblait initialement à une traduction biscornue.

Une prémisse/prémise/premise est une propriété foncière. Dont la terre est mise à l’amende en cas d’utilisation inappropriée.

Le québécois ressemble à une évolution ce patois franco-normand : tchi qu’tu veux à bère ?.

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Journal https://thom4.net/2024/06/06/patois-guernesien/#disqus_thread
☕️ Journal : Le jour de la vasectomie https://thom4.net/2024/04/03/vasectomie-operation/ https://thom4.net/2024/04/03/vasectomie-operation/ Wed, 03 Apr 2024 10:10:19 GMT <p>On y est donc, le 13 octobre 2022, à Crest.<br> 18 mois après la première tentative d’amorcer le processus chez un médecin généraliste pe On y est donc, le 13 octobre 2022, à Crest.
18 mois après la première tentative d’amorcer le processus chez un médecin généraliste perché sur le massif de la Chartreuse.
24 mois après m’être confirmé à moi-même que c’était une voie à explorer, pour ressentir dans le corps ce qu’une projection de vie sans enfant biologique me ferait.

6h30. C’est le réveil avec S, ma personne de confiance dans cette aventure. Elle m’héberge pendant la première semaine de convalescence, me dépose et me récupère à l’hôpital.
Je saurai pas la suite à quel point cette semaine nous aura rapproché dans notre lien. Il y a un avant et après cette semaine.

Dans le doute, je jeûne et ne bois pas depuis la veille (c’est pour l’anesthésie). J’ai à la fois peur (cet univers hospitalier inconnu) et hâte (de me réveiller raccord avec cette affirmation de projet de vie).

8h00. Déposé sur le perron de l’hôpital public, je dresse mentalement une liste des affaires fourrées dans mon sac à dos :

  • une trousse de toilettes
  • des vêtements de rechange — au cas où il faudrait passer une nuit ou deux sur place
  • un livre
  • le formulaire de consentement
  • ma carte Vitale
  • ma carte de groupe sanguin — que j’ai faite réaliser pour l’occasion dans un labo d’analyses biologiques

Naviguer dans l’hôpital me rappelle les premières fois dans un aéroport : beaucoup d’organisation, de séquences d’événements, des points de passage, une mécanique bien huilée, des chemins invisibles à l’œil nu.

On me dirige vers une chambre pour deux personnes. Voici une blouse, une charlotte et des patins de pied à enfiler. Est-ce que je me suis bien rasé/épilé ? J’ai un doute, les instructions étaient claires mais pas précises (où ? combien ? quel est le critère d’acceptance ?). On me prête une tondeuse avec des lames à usage unique. C’est à la base du pénis que les incisions seront faites, un peu en-dessous du pubis. OK.

On vérifie que tout est en règle côté papiers. On viendra me chercher sous peu. En tournant la tête vers la fenêtre, la rivière se devine dans un décors automnal, chaud et sec. Entre nous, des élèves entament un cours de sport sur le terrain bitumé.

Une personne vient me chercher, direction le bloc opératoire, un niveau en-dessous. Le bout des doigts est frais, légèrement humide. Quelques minutes d’attente sur une chaise. Je reconnais un infirmier — sa blouse est d’une autre couleur. Les personnes s’affairent, tranquillement. Un brancard arrive, poussé par une personne qui me demande comment ça va.

La suite du voyage se déroule à l’horizontale. Je compte les néons au plafond. On franchit une porte, que je découvre sous un angle nouveau. Entré dans le bloc, je reconnais l’urologue — c’est la première fois qu’on se voit depuis la fin du délai de réflexion. L’anesthésiste s’affaire à côté. D’autres personnes aussi. Le rythme s’accélère — transfert, du brancard à la table d’opération.

Rapide inspection des parties génitales. Tout est prêt, tout est en ordre. On me demande si ça va. Du mieux que ça peut. Le produit anesthésiant va bientôt être injecté dans le cathéter. Je vois l’anesthésiste pousser un produit avec une seringue et…

… le prochain souvenir sera celui d’un rêve, au moment d’ouvrir les yeux. Le plafond est différent. La pièce est baignée de lumière naturelle. Je me sens vaseux mais heureux. Comme un lendemain de cuite, sans la tête lourde, sans le tournis.

Je prends le temps de ressentir mon corps, bout par bout. Je savoure la joie d’être en vie. Je m’amuse de cette interruption temporelle. Ma vie, mon corps a changé le temps… d’une sieste. Je sens les compresses pansements, et l’absence de douleur. Il n’est même pas 11h sur l’horloge accrochée au mur.

À partir de ce moment, se mélangent les sensations de « bientôt fini » et « d’étirement du temps ». Un petit-déjeuner est servi quelques minutes après le transfert entre la salle de réveil et la chambre de départ. Mon binôme n’est pas encore revenu.

photo rapprochée d’un bras avec un cathéter suite à une opération en hôpital public

D’autres êtres vivants s’agitent sur le bitume du terrain de sport. La rivière coule encore. Je rêvasse, envoie un message à S : ✂️✌🏻😴.

L’attente s’étire. Le binôme d’opération arrive. Mon déjeuner aussi—le mémo de la « préférence végé » n’est pas passé. Pas envie d’embêter, plutôt envie d’y aller même si je n’ai rien prévu après.

On discute littérature. Du livre qu’il lit en ce moment : « L’anomalie » d’Hervé le Tellier. Que je lirai quelques semaines plus tard. Ça me donne un air de discussions d’auto-stop, dans une pièce nue, en étant immobile.

L’urologue passe nous voir. Est-ce que ça va ? Des douleurs ? Un regard sous la blouse, un toucher—sur la gauche, sur la droite. Tout va bien. Les points vont se résorber tout seul en une dizaine de jours. On va pouvoir lancer la séquence de sortie. Me rhabiller. Repartir après avoir rempli le questionnaire de satisfaction.

Encore un peu d’attente. Rien ne se passe. Toujours personne. S m’indique qu’elle est en train de monter les escaliers jusqu’au secrétariat. Elle prend place dans la salle d’attente. Je décide de prendre mes affaires à mon cou et de m’aventurer dans le couloir, long et large couloir.

Je passe une tête au secrétariat. Oui vous pouvez y aller ; regard complice avec S. Sensation qu’un bout d’information s’était perdu en chemin. Des formulaires, des formalités, une ordonnance. Oui c’est ma personne de confiance. Oui elle me ramène « chez moi ». Cette expression — personne de confiance — résonne encore chaudement dans ma tête.

14h30. Une dernière signature et on descend ensemble l’escalier qui mène à l’entrée/sortie de l’hôpital. La légèreté de mon esprit se heurte aux nouvelles sensations de mon entrejambe. Ça tire. Ça pique un peu. Ah oui, marcher ça tire autant sur la peau.

La position assise dans la voiture est toute aussi étonnante. En fait, aucune position n’est confortable. À part celle d’être sorti de l’opération, de me sentir vivant, soulagé, en phase avec l’intention initiale. Heureux de retrouver S, de son soutien généreux. Qu’on célèbrera d’un cocktail quelques heures plus tard—ivre de l’anesthésie et de ce moment de vie.

Je remplace les pansements avant d’aller dormir et de passer une première nuit compliquée — dormir sur le côté est difficile, pas l’habitude de dormir sur le dos, position pas confortable non plus. C’est un moment de rencontre avec les cicatrices, les points de suture, les plaies et boursouflures. Je les prends en photo avec mes yeux, dans ce décors de salle de bain, perchée au dernier étage d’un vieil immeuble, en mezzanine d’une pièce de travail. Ma base pour la semaine.

Après cette semaine, après, je ne sais pas encore où je vais.
Je ne sais pas encore à quoi ressemble(ra) une vie sans enfant, à ma vie sans enfant biologique — cette exploration d’un faire famille autrement.

J’ai les prochains jours, mois et années pour l’inventer.
Comme je l’ai toujours fait avec ma vie.

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Journal Exploration Contraception https://thom4.net/2024/04/03/vasectomie-operation/#disqus_thread
☕️ Journal : Rendez-vous avec l'anesthésiste https://thom4.net/2024/04/03/anesthesiste/ https://thom4.net/2024/04/03/anesthesiste/ Wed, 03 Apr 2024 08:37:13 GMT <p>10 octobre 2022. Je franchis le sas d’entrée de l’hôpital de Crest : c’est le dernier rendez-vous avant la vasectomie, dans 3 réveils.</ 10 octobre 2022. Je franchis le sas d’entrée de l’hôpital de Crest : c’est le dernier rendez-vous avant la vasectomie, dans 3 réveils.

L’anesthésiste pose quelques questions qui me semblent être des redites. Une blague lourdingue sur la psychologue du CECOS — en fait non, ce n’est pas blague, c’est une remarque sexiste. Je factualise. Il recommence. Je lève les yeux au ciel. Il passe à autre chose — ce pour quoi il est payé.

Plus tard, j’apprendrai qu’il a été muté dans un autre hôpital, qu’il a eu plusieurs plaintes pour harcèlement sexuel de la part de patientes. Plaintes qui ont été classées sans suite.

Bref, je suis paré pour la première anesthésie générale de ma vie. Je suis curieux de ce moment, de la sensation d’endormissement, du réveil, d’imaginer les possibles — dont ceux où je ne me réveillerai pas.

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Journal Exploration Contraception https://thom4.net/2024/04/03/anesthesiste/#disqus_thread