Écrivain et conseiller littéraire, Thibault Malfoy a publié à 29 ans son premier roman (Paris est un rêve érotique, Grasset). Depuis, il a aidé des centaines d’écrivains à écrire de meilleurs livres et fondé le club d’écriture Contreforme.


Fiez-vous au moi futur qui révisera votre manuscrit

Après avoir monté et mis en ligne l’enregistrement de ma présentation sur César Aira (que les membres peuvent retrouver sur le site du club), je me suis rendu compte que j’avais oublié de mentionner un travers important de sa fuite en avant, du moins pour un esprit plus logique (ou d’une autre logique) que le sien : l’impossibilité d’avancer sans régler au préalable les problèmes survenus au cours de l’écriture (puisqu’il n’y aura pas de réécriture). Ce qui était censé vous libérer peut ainsi vous bloquer.

Par ailleurs, tout problème ne se révèle pas d’emblée, et ce qui n’en était pas un peut le devenir trois chapitres plus loin. Chaque phrase écrite modifie bien sûr ce qui peut subvenir, mais aussi ce qui est déjà arrivé, comme une ondulation qui se propagerait à la fois vers la fin et le début du roman. La réécriture sert aussi à prendre en compte cette rétroaction de l’écrit sur lui-même afin de l’aider à trouver sa forme définitive, non plus seulement à l’échelle des phrases, mais à celle du livre. Vous réarrangez l’ordre des scènes, en développez certaines, en éliminez d’autres. Les meilleurs plans s’écrivent a posteriori.

À mesure que je me rue vers ce que j’imagine être la fin de mon livre, dont l’image centrale ne s’est révélée à moi qu’il y a peut-être dix jours, je laisse de côté et pour plus tard certains réglages que je sais d’ores et déjà nécessaires. Je veux arriver à la fin au plus vite pour réécrire ce qui précède à l’aune de sa signification. Se fier à son moi futur présente deux avantages incomparables : hâte et détermination.

Th. 081


N’importe quoi

Un maçon qui passait par là pour se rendre à la benne, avec un seau rempli de gravats, tendit sa main libre et, sans même s’arrêter, saisit la verge de l’un [des fantômes] tout en continuant à marcher. Le membre s’étira de deux, trois, cinq, dix mètres : pratiquement jusqu’au trottoir. Et lorsque l’ouvrier le lâcha, il se remit en place avec un claquement aux harmoniques singuliers, qui continuèrent à résonner sur les dalles non fixées, l’escalier sans marbre et la longue gaine de l’ascenseur, comme la corde la plus grave d’une harpe japonaise. Les deux fantômes rirent de plus belle, plus frénétiquement et bruyamment que jamais. – César Aira, Les Fantômes.

Chaque livre obéit à des règles tacites qu’il faut apprendre à déceler si on veut le comprendre. J’ai ainsi commencé hier Les Fantômes de César Aira, dont je parlerai au salon du 5 mars, et l’intitulé de ma présentation pourrait être : « La fuite en avant avec César Aira ». Comme souvent chez lui, la directive majeure semble être de faire n’importe quoi tant que ça lui permet d’avancer (et quand il ne peut plus avancer, il déclare son livre terminé). Il est connu pour ne jamais réviser ses manuscrits (même si cela ne semble plus être le cas) – tout ce qui y rentre y reste, ce qui donne à ses histoires un air d’ivrogne titubant vers quelque destination incertaine, tout en débattant avec lui-même de la marche à suivre ou de la réalité de ce qu’il est en train de vivre. Évacuer toute logique ou vraisemblance est l’une des conditions du n’importe quoi.

Mais si vous décidez de faire n’importe quoi, vous ne pouvez pas le faire à moitié. Visez l’outrance la plus rabelaisienne. Sinon, on risque de ne pas comprendre et de chercher des règles plus sages que celles que vous avez choisies. Inversement, vous ne pouvez pas vous contenter d’écrire débraillé. N’importe quoi n’est pas n’importe comment.

Th. 080


Le temps est un estuaire

Retour à Ghost Stations. Patrick McGuinness explique à ses étudiants que les métaphores sont des estuaires et les comparaisons des ponts, qui relient deux pans de terre que rien ne relie. Par leur présence même, les ponts ne cessent de nous rappeler cette absence de contact, là où l’estuaire est plus discret. « La métaphore est l’estuaire, où deux éléments, terre et mer, s’imprègnent l’un de l’autre, se chevauchent et se mêlent », sans qu’il soit encore possible de les distinguer. Ce n’est plus que boue et limon. À ce titre, le temps est davantage un estuaire que le proverbial fleuve d’Héraclite.

Th. 079


Hantise

Il n’y a pas de traduction exacte de l’anglais haunting, à la fois participe présent et substantif. Nous avons hanté pour haunted, mais il n’y a rien d’aussi précis pour haunting – nous avons comme adjectif obsédant (éventuellement lancinant pour un souvenir ou une image) et comme nom apparition. Il y a bien hantise, mais le sens fort du terme s’est perdu depuis longtemps et l’usage n’en a gardé que les notions d’obsession et de peur.

J’y repense en lisant le très bon Ghost Stations de Patrick McGuinness, un recueil d’essais et d’embranchements. Un chapitre consacré aux ponts qui le hantent (ou plutôt qu’il hante) contient ce passage qui m’intéresse tout spécialement :

We think of haunting as a people thing: something essentially sociable, however unnerving. Ghosts are domesticated creatures, because we have invented them to replicate our actions, which they repeat – repetition is important to the ghost life: like pets and children they need routine – slowly but often with surprising exactness. They are spectral replays of our matches, won or lost, and we impute to them something of ourselves we do not like to see: an inability to move on, a hunger for return.

Que l’on pourrait traduire ainsi, si l’on prend hantise dans son acception originelle :

Nous considérons la hantise comme une affaire humaine : quelque chose d’essentiellement sociable, aussi troublant soit-il. Les fantômes sont des créatures domestiquées, car nous les avons inventés pour reproduire nos actions, qu’ils répètent – la répétition est essentielle à la vie des fantômes : comme les animaux de compagnie et les enfants, ils ont besoin de routine – lentement, mais souvent avec une exactitude surprenante. Ils sont des relectures spectrales de nos confrontations, gagnées ou perdues, et nous leur attribuons quelque chose de nous-mêmes que nous n’aimons pas voir : une incapacité à aller de l’avant, une soif de retour.

Autant dire que notre manque d’ambition pour nos fantômes révoltait l’auteur quand il était enfant. « Une occasion manquée », écrit-il. Il est temps de les affranchir.

Th. 078


Un espace pour déconner

Distance from “the real” is the space in which we can inject additional meaning – or fuck around. – Aleksander Rostov

Accolés au réel, nous ne le voyons plus, ou si nous le voyons, nous ne savons pas le regarder ou lui donner un sens, une perspective. Il nous faut le mettre à distance, créer un écart qui nous ouvre « un espace pour déconner », comme le dit Aleksander Rostov, le génial directeur artistique du non moins génial Disco Elysium1 (si nous prenions la littérature un peu plus au sérieux, on y jouerait en fac de lettres au lieu d’écouter je ne sais quel expert disserter sur les points de suspension de Céline). Dans cet espace, les choses cessent d’être elles-mêmes, ou seulement elles-mêmes, pour devenir autre chose. Des images.

Une image ne se contente pas de rapprocher deux pans distants de la réalité, même si c’est déjà plus que ce qu’on peut attendre d’une page moyenne de littérature. Ce rapprochement inattendu nous révèle non seulement, par une contamination croisée, l’un et l’autre terme de l’image, mais (comme il ne s’agit pas d’une identification exacte) tout ce par quoi les deux bouts diffèrent. Une légère discordance qu’il s’agit d’habiter.

Quand je vous dis qu’il manque un point de vue à tel passage de votre manuscrit, c’est de cela dont je veux parler : il manque une distance par rapport à ce qui y est dit, un supplément de profondeur où l’on peut s’amuser, écrivain et lecteur, à inventer des mondes. Le point de vue est autant une distance qu’un angle de prise de vue par rapport au réel, les deux concourant à projeter une ombre imaginaire derrière l’objet regardé, un espace vierge et clos où halluciner tout ce qu’on veut.

Vieillir aide aussi, si tant est qu’on met à profit le temps qui passe pour réfléchir dessus. À se sujet, Rostov a écrit un billet de blog au titre parfait : « How to age faster ». Le graphique qu’il contient vaut tous mes discours.

… you also age backward from your moment of birth. Age is experience, and it comes at you from both ends. As your body moves forward, your mind is made to look back, at knowledge delivered to you from the past.

Th. 077

  1. Si la création de Disco Elysium vous intéresse, je vous recommande cette série documentaire qui lui est consacrée.


Le Guépard

Voici de quoi redonner espoir dans l’humanité :

Sur sa chaîne YouTube, Patrick Wang consacre depuis 3 mois toute une série de vidéos au Guépard, le roman (de Giuseppe Tomasi di Lampedusa), le film (de Visconti) et la série Netflix que l’on peut semble-t-il ignorer sans perdre grand-chose (j’ignorais même qu’il y en eût une). Je n’ai regardé que la première vidéo, et c’est bouleversant d’intelligence et de sensibilité.

La liste de lecture comprend pour le moment 5 vidéos. Sachant que Wang consacre une vidéo par partie du roman, on peut en attendre 3 de plus.

Th. 076


Megalopolis

J’ai enfin regardé Megalopolis et… ma générosité n’étant pas infinie, je n’en dirai pas plus, si ce n’est que je suis content de ne pas l’avoir vu au cinéma.

Me semble plus intéressant le documentaire que Mike Figgis lui a consacré : Megadoc (disponible sur Criterion Channel), que j’avais commencé à regarder avant de voir le film de Coppola. L’une des contradictions majeures de ce projet est que, malgré sa monumentalité affichée, son créateur s’attendait à pouvoir improviser. C’était mésestimer l’inertie des colosses, dont il a pourtant l’habitude. Chaque million ajouté au budget vous oblige, dans les deux sens du terme, y compris quand il s’agit de votre argent. Ce n’est pas pour rien que la superstructure (mégastructure ?) hollywoodienne est si rigide ; elle s’ossifie à mesure que l’argent croît. Si vous voulez improviser, travaillez à peu de frais et/ou faites du jazz.

Les écrivains ignorent leur chance et liberté de pouvoir écrire ce qu’ils souhaitent comme ils le souhaitent. Dans le pire des cas, ils se contentent d’un crayon et d’un peu de papier.

Th. 075


Numéros

Je crois que, si je ne numérotais pas mes écrits, j’arrêterais tout bonnement d’écrire, accablé par leur aspect disparate et parfois réfractaire. Ça n’a aucun sens, m’arrive-t-il de me dire, toute idée de continuité m’échappe. Quand on écrit de manière aussi décousue que moi, il s’agit de trouver un autre marqueur de progression que les formes habituelles, plus linéaires. La suite des nombres entiers me convient aussi bien qu’une autre.

Ce n’est pas qu’une question de numéros, mais aussi de format. Si j’éprouve autant de plaisir à écrire et publier la lettre Contreforme, c’est aussi grâce à son format récurrent, contraint par un thème qui indique la direction à prendre, une longueur assez souple comprise entre 750 et 1 250 mots, une fréquence hebdomadaire et la durée d’un cycle (d’une vingtaine de lettres environ). La règle pour que j’écrive semble donc être de trouver ou définir un tel contour qu’il me restera ensuite à remplir semaine après semaine.

Ce qui manque à ce blog est peut-être une fréquence de publication plus stable. J’essaye d’y faire paraître une note au moins une fois par semaine, de préférence deux ou trois, mais ce n’est pas toujours possible. Nous verrons bien ce que nous en ferons l’année prochaine.

Th. 074


Yoyū

Invité du podcast de Rich Roll à l’occasion de la parution chez Random House de son livre Things Become Other Things, Craig Mod discute – entre autres – d’un concept japonais qui n’a pas d’équivalent immédiat en anglais ou en français – yoyū. Il s’agit de l’espace que l’on ménage en soi pour accueillir l’autre et faire en sorte qu’il se sente le bienvenu.

Je manque terriblement de yoyū en ce moment. Entre les enfants et le travail et les nuits caniculaires sans sommeil (les « passoires thermiques » portent bien leur nom), j’ai besoin de me ressourcer avec une poignée de livres et de films, en écoutant quelque album de jazz ou de musique minimaliste.

Je compte suspendre la lettre un peu plus tôt que d’habitude – après le week-end du 14 Juillet plutôt qu’à la fin du mois comme les autres années – avec une reprise le 5 septembre. Les salons du club seront en revanche maintenus jusqu’au 31 juillet.

Th. 073


Toutes ces voix

Toutes ces voix qu’on invente pour sortir de soi, échapper à son moi, varier sa vie, combler un vide qu’elles ne font qu’accroître à mesure qu’elles prennent toute la place. Elles nous permettent de dire des choses qui sans elles resteraient tues, et d’en exprimer d’autres pour lesquelles aucun mot n’existe, mais elles vous isolent du reste du monde. C’est un monde en soi, qui se nourrit de l’autre et le remplace, devient comme une excroissance de l’être, une cuticule invisible qui nous protège et nous isole et nous enferme et nous fait vivre à un rythme plus soutenu que les autres. Vivants et seuls, nous demeurons.

Th. 072


La solitude du ventriloque

J’abrite dans ma gorge un ventriloque qui ne m’attire que des ennuis. Il parle quand il devrait se taire, professe des horreurs que je réprouve et regrette aussitôt, m’embarrasse devant le peu d’amis que j’ai réussi à garder, sans parler des inconnus qui me dévisagent dès qu’il parvient à s’exprimer sans remuer mes lèvres. J’ai l’impression que mon corps n’est pour lui qu’un simple appendice, un véhicule. Je me demande parfois, entre lui et moi, qui est le maître.

Quand je n’en peux plus et lui demande de se taire et qu’il n’est pas d’humeur à m’écouter, il me répond que je ne suis qu’un visage qui parle, une façade de chair. Lui seul existe, et se sert de moi comme d’une peau pour avancer dans le monde. Ah, comme j’aimerais tant passer inaperçu ! J’ai fini par me taire, et prends sur moi les blâmes qu’il encourt. Jugez-moi par contumace, je ne suis pas lui. Mon silence vaut bien vos remontrances.

Je me demande parfois comment font les autres avec leurs ventriloques. Comment s’arrangent-ils ? Quels compromis trouvent-ils pour cohabiter ? Mais à force de les observer et de les écouter, j’ai l’impression qu’ils n’en ont pas, qu’ils vivent seuls de la naissance à la mort, que jamais ils ne connaîtront cette complicité horripilante qui nous unit. Comment font-ils pour supporter la vie ? Quand je manque de désespérer, il me rassure, ou du moins essaye – peut-être même ment-il, quand il me dit que nous avons tous un ventriloque en nous, mais que très peu l’écoutent. Il suffit d’en prendre soin. Tu ne devrais pas les plaindre, ajoute-t-il, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

C’est toi que je plains, reclus de ma gorge. Quand on m’embrasse, je te sens parfois remonter, pour aussitôt retomber, sans jamais atteindre la sortie. Mais pourquoi fuir ?

Th. 071



Long terme

Yancey Strickler, le fondateur de Metalabel, a publié sur son blog un essai en forme de manifeste, « How to long game ». Sa lecture m’a rappelé l’idée de jeu infini que développa James P. Carse dans son génial Finite and Infinite Games :

On joue à un jeu fini pour gagner, à un jeu infini pour continuer le jeu.

La littérature, conçue comme une conversation à travers le temps par livres interposés, est une forme de jeu infini à laquelle chacun peut participer. Il ne s’agit pas de gagner un prix ou d’être connu, mais de trouver la forme adéquate à sa sensibilité. C’est l’affaire de toute une vie, la plus gratifiante qui soit, mais cette résonance du fond et de la forme serait futile sans la participation d’autres joueurs. Ce n’est pas seulement une manière de transcender la finitude de son existence, mais d’enrichir celle des autres, de leur révéler une part d’eux-mêmes jusque-là inexprimée, de leur permettre de façonner à leur tour leur sensibilité et celle d’autrui. De continuer le jeu.

THE LONG GAME IS ABOUT BUILDING YOUR OWN GAME. — Yancey Strickler

Th. 069


La meilleure critique

Est celle, positive ou négative, qui vous respecte.

Michael Hoffmann a fait paraître, dans la New York Review of Books, ce que j’appellerai, faute de mieux, une tentative de critique d’une série de 4 livres d’Andreï Platonov, dont l’éditeur de la revue a fait récemment paraître la traduction… Il n’en dit pas du bien, n’ayant « ni aimé ni compris » ce qu’il lisait, et les deux pages de son papier valent plus que beaucoup de critiques positives.

In the end I was unable to turn away from something so stark. Even though the experience wasn’t one I either liked or understood, I couldn’t say it was nul. In fact, that was the last thing I could say.

The writing is like nothing else, maximally generalized, strangely wooden in its particulars when any are offered. It does only what one is taught not to. Cliché, jargon, abstraction, kookiness. It is somehow a barbarous style, the pen as it were held in boxing gloves. Modern Medieval, Science Fiction Realism, Dull Naiveté, Post-Civilizational Burdock, Occasional Haphazard Cunning, Riot of Pleonasms.

Tout écrivain qui se respecte préférerait recevoir une critique comme celle-ci plutôt que l’espèce de recension complaisante qui passe de nos jours pour de la critique.

Th. 068


Votre voix si belle

Votre voix si belle,
Personne ne l’entend
Si ce n’est vous.

Quelle perte pour l’humanité,
Que le monde ne soit pas
Le crâne où elle résonne.

Th. 067


L’alien tue, le fan service aussi

En parlant de monstres… J’ai enfin pu voir Alien : Romulus, dont la prémisse douteuse ne l’empêche pas d’être un bon divertissement. Fede Álvarez sait créer une vraie tension autour de son duo de protagonistes plutôt intéressant (les autres personnages servent avant tout de victimes sacrificielles pour nous tenir en haleine jusqu’à la fin1).

Une jeune orpheline bloquée sur une colonie minière tente de s’en échapper avec son « frère » androïde chargé de veiller sur elle. Mais son obsolescence a inversé leur rapport et transformé notre héroïne (Cailee Spaeny) en grande sœur maternante et débrouillarde. Il trouvera dans la station éponyme la mise à niveau dont il avait besoin, avant que sa sœur ne comprenne quels dangers sa nouvelle directive leur fait courir. L’acteur qui l’interprète (David Jonsson) joue pour ainsi dire deux rôles en un et s’en sort très bien.

Très inventif, le film souffre néanmoins de trop nombreuses références aux épisodes précédents de la série (dont la pire est sans doute le rappel en images de synthèse d’un personnage du premier film), au point de se contenter parfois d’en être une compilation des moments-clés. L’alien tue, le fan service aussi.

Plus intéressant, ce court-métrage de 12 minutes, paru à l’occasion des 40 ans de la série, montre une androïde abandonnée sur un vaisseau en ruine se mettre à apprécier la compagnie d’un… alien.

J’adore les monstres, ces grands incompris.

Th. 066

  1. C’était toute la force du premier film, dont les personnages, étant interchangeables, pouvaient mourir à tout moment sans qu’on devine à l’avance qui survivra.


Le rêve de l’hôte

Notebook, publié par Mubi, est avec Current de The Criterion Collection l’un des meilleurs magazines en ligne sur le cinéma. Dans un récent article de Jawni Han sur « Bong Joon-ho à Hollywood et dans l’espace », je découvre une interprétation fascinante de The Host, émise par un critique sud-coréen, Jung Sung-il…

(Il est encore tant de voir le film si ce n’est pas déjà fait.)

… la fille avalée par le monstre est morte depuis le début, et les plans qui la montrent dans l’antre de la créature ne sont que les rêves de son père (que l’on voit auparavant en train de s’endormir). Abritant tout ce qui reste de sa fille unique, il est le véritable hôte du film.

Th. 065


Solutions

Les solutions à nos problèmes se trouvent souvent dans les œuvres de nos prédécesseurs, sous une forme latente et impure, embrouillée d’éléments qui ne la concernent pas. Une grande partie de notre intuition d’écrivain repose sur notre capacité à les reconnaître et à les purifier pour mieux les adapter aux spécificités de nos écrits. J’ai ainsi conseillé à quelqu’un de s’inspirer de telle scène de tel film de Woody Allen pour compléter un passage de son histoire qui en avait besoin. Et le résultat n’aura rien à voir avec Woody Allen.

Th. 064


Problèmes

Tous les problèmes cessent d’en être dès qu’on les considère tels qu’ils sont, des problèmes appelant une solution. Ni des jugements, ni des condamnations – des problèmes.

Th. 063


Regard, tact et voix

Corrections évidentes mises à part, réécrire est avant tout un enjeu de regard, de tact et de voix. Vous pouvez les gagner ou les perdre, selon votre sagacité et votre dextérité et la pertinence de vos choix, notamment de perspective.

Le tact est nécessaire pour se rendre compte de l’écart entre le regard et la voix, et finement calibrer ses phrases pour combler cet écart. Voir le potentiel de quelque chose, avoir le tact de le saisir avec délicatesse pour en exprimer toute la vitalité et la profondeur, ne pas s’arrêter avant d’avoir atteint ce but. Que vos phrases soient plus vivantes que la vie même. La technique suit.

Je me rappelle un temps où je ne voyais rien, et tentais d’utiliser, sans but ni discernement, ce qui n’était pour moi que des outils. J’ignorais alors qu’il me fallait les incorporer à mon être, que je devais pour ainsi dire respirer mes phrases si je voulais m’approcher du but que je m’étais fixé (et atteindre autre chose, tant le livre nous réécrit au fur et à mesure que nous l’écrivons).

Je sais maintenant que les idées sont partout autour de nous, mais j’ai déjà oublié le moment où j’ai ouvert les yeux. Sans doute le processus a-t-il été lent et graduel et continue-t-il encore aujourd’hui.

J’aimerais orienter la lettre vers ce travail du regard, mais je ne sais pas (encore) comment m’y prendre.

Th. 062