Fiez-vous au moi futur qui révisera votre manuscrit
Après avoir monté et mis en ligne l’enregistrement de ma présentation sur César Aira (que les membres peuvent retrouver sur le site du club), je me suis rendu compte que j’avais oublié de mentionner un travers important de sa fuite en avant, du moins pour un esprit plus logique (ou d’une autre logique) que le sien : l’impossibilité d’avancer sans régler au préalable les problèmes survenus au cours de l’écriture (puisqu’il n’y aura pas de réécriture). Ce qui était censé vous libérer peut ainsi vous bloquer.
Par ailleurs, tout problème ne se révèle pas d’emblée, et ce qui n’en était pas un peut le devenir trois chapitres plus loin. Chaque phrase écrite modifie bien sûr ce qui peut subvenir, mais aussi ce qui est déjà arrivé, comme une ondulation qui se propagerait à la fois vers la fin et le début du roman. La réécriture sert aussi à prendre en compte cette rétroaction de l’écrit sur lui-même afin de l’aider à trouver sa forme définitive, non plus seulement à l’échelle des phrases, mais à celle du livre. Vous réarrangez l’ordre des scènes, en développez certaines, en éliminez d’autres. Les meilleurs plans s’écrivent a posteriori.
À mesure que je me rue vers ce que j’imagine être la fin de mon livre, dont l’image centrale ne s’est révélée à moi qu’il y a peut-être dix jours, je laisse de côté et pour plus tard certains réglages que je sais d’ores et déjà nécessaires. Je veux arriver à la fin au plus vite pour réécrire ce qui précède à l’aune de sa signification. Se fier à son moi futur présente deux avantages incomparables : hâte et détermination.
Th. 081